TCO : tous les coƻts sont dans le viseur des transporteurs routiers

Plus que jamais, le TCO devient pour les entreprises du TRM un outil de pilotage global de la performance, et plus seulement un indicateur de gestion de flotte. Face Ć la flambĆ©e des coĆ»ts, notamment Ć lāenvolĆ©e spectaculaire du prix du gazole routier depuis le dĆ©but du conflit dans le dĆ©troit dāHormuz, sa maĆ®trise sāimpose comme un enjeu de survie pour certains transporteurs. Cāest dāautant plus vrai que nombre dāentre eux, Ć lāinstar de David Sagnard, aiment Ć se dĆ©finir comme des "centimiers". Le patron des Transports Carpentier (35 millions dāeuros de chiffre dāaffaires pour une centaine de vĆ©hicules) a ainsi instaurĆ© sa propre doctrine en matiĆØre de maĆ®trise du TCO. Premier axe : agir sur la production.
"Il sāagit pour nous de veiller Ć ce que nos camions tournent le plus possible. Et ce, en double poste afin d'optimiser l'utilisation et la charge fixe du vĆ©hicule, en rĆ©gional, explique lāancien patron du groupement Flo. Il est question, par exemple, d'effectuer une ou deux rotations avec un conducteur en journĆ©e et, en outre, un trafic de navettage la nuit avec un autre conducteur. Ć l'arrivĆ©e, le coĆ»t de charge fixe sur le vĆ©hicule est divisĆ© par deux." La chasse aux kilomĆØtres improductifs figure elle aussi parmi les leviers actionnĆ©s Ć lāexploitation.
Autre axe : le temps de travail. "Cela passe chez nous par une rĆ©duction du nombre d'heures supplĆ©mentaires, lesquelles pĆØsent sur nos coĆ»ts d'exploitation. Cette action possĆØde un impact rĆ©el sur la rentabilitĆ© de la structure et sur le TCO du vĆ©hicule", affirme David Sagnard. La gestion du temps du conducteur fait ainsi partie des outils de veille maison. Il sāagit dāabord de sāassurer quāil se prĆ©sente en temps et en heure aux postes de chargement ou de livraison. Mais aussi, notamment grĆ¢ce Ć lāinstallation de dashcams dans les vĆ©hicules, que sa conduite reste compatible avec les objectifs de rĆ©duction de la consommation de carburant et avec ceux de lāentreprise en matiĆØre dāaccidentologie.
Car derriĆØre ce sujet se joue aussi le montant des primes dāassurance. "Il est vrai que chaque centime compte. Ce sont Ć la fois la fiabilitĆ© et la prĆ©cision de l'information qui vont permettre au transporteur dāaller chercher ces centimes, chaque jour, camion par camion. Ć la fin de l'annĆ©e, ces centimes pĆØseront des milliers dāeuros dans son bilan", souligne Fabien Dusserre, ex-directeur gĆ©nĆ©ral France de Trimble, rebaptisĆ© Platform Science (il a quittĆ© lāentreprise de tĆ©lĆ©matique depuis notre interview, rĆ©alisĆ©e en juillet dernier).
La stratĆ©gie de David Sagnard repose Ć©galement sur un renouvellement des vĆ©hicules tous les cinq ans. Une politique dāacquisition qui permet, selon lui, de limiter les coĆ»ts dāentretien et les consommations de carburant grĆ¢ce aux technologies embarquĆ©es sur les derniĆØres gĆ©nĆ©rations de camions. "Notre moyenne de parc est ainsi passĆ©e de 28 litres aux 100 km Ć 25 litres", prĆ©sente le dirigeant des Transports Carpentier. Les vĆ©hicules sont acquis en crĆ©dit-bail sur 60 mois, une solution qui permet de "conserver une trĆ©sorerie au sein de la sociĆ©tĆ©". Chez Carpentier, "chacun est artisan de la baisse du TCO, de l'exploitant au conducteur en passant par le chef de parc". Ć charge pour ce dernier de grappiller, lui aussi, les fameux centimes en travaillant notamment sur lāespacement des vidanges et sur le coĆ»t des immobilisations.
Tout au long de la crise au Moyen-Orient, David Sagnard ā qui salue au passage ses aĆ®nĆ©s transporteurs, auxquels la profession doit le mĆ©canisme dāindexation ā a Ć©galement suivi quotidiennement le cours du Brent afin dāacheter son carburant au moment le plus opportun. La hausse du gazole a, parallĆØlement, rebattu les cartes de la comparaison avec les motorisations Ć©lectriques. "En raison du conflit, le prix de l'Ć©nergie Ć©lectrique est devenu 6 Ć 7 fois plus intĆ©ressant que celui du diesel", rapporte Quentin Chataigner, responsable Ć©lectromobilitĆ© chez MAN France.
Chez Lahaye, chaque coƻt est passƩ au crible
Chez Lahaye Global Logistics, qui fĆ©dĆØre 1 600 salariĆ©s pour quelque 640 moteurs, le contrĆ“le de gestion figure au cÅur de la stratĆ©gie globale de lāentreprise. Parmi les nombreux tableaux de bord suivis : le TCO. Pas moins de six contrĆ“leurs et contrĆ“leuses de gestion opĆØrent au sein du groupe breton. Celui-ci a fait le choix dāune maintenance intĆ©grĆ©e pour son matĆ©riel roulant. Cette activitĆ© reprĆ©sente un budget de 10 millions dāeuros et mobilise une cinquantaine de salariĆ©s. "Nos quatre collaborateurs dĆ©diĆ©s Ć la gestion quotidienne du parc sont en relation constante avec les exploitations [des agences sur le territoire, ndlr] pour le rĆØglement des problĆØmes sur nos tracteurs et nos semi-remorques", explique Matthieu Lahaye, directeur gĆ©nĆ©ral du groupe.

Associée au moteur D30, la boîte de vitesses TipMatic de MAN génère un gain de consommation de 4 % par rapport à la précédente motorisation maison, selon le constructeur. ©MAN
Le transporteur dĆ©ploie une stratĆ©gie au cordeau lors de lāacquisition de ses vĆ©hicules. Prix dāachat, valeur de revente, coĆ»t dāutilisation mensuel, financement, consommations et garanties sont passĆ©s au crible. "Sur ce dernier point, nous visons Ć obtenir une garantie totale sur la durĆ©e de dĆ©tention du vĆ©hicule, avec les kilomĆ©trages intĆ©grĆ©s, dans le but de nous prĆ©server des mauvaises surprises et de nous doter d'une visibilitĆ© Ć terme sur l'utilisation du camion [dĆ©tention de trois ans maximum]", ajoute Matthieu Lahaye.
Le groupe rĆ©alise par ailleurs rĆ©guliĆØrement des essais sur les motorisations, les tailles de pont, les couples moteurs ou les boĆ®tes de vitesses. Autant dāĆ©lĆ©ments qui doivent ensuite ĆŖtre transformĆ©s en donnĆ©es, les plus prĆ©cises possibles, par les contrĆ“leurs de gestion. Les temps dāimmobilisation des camions, le nombre de pannes et les performances des ateliers partenaires font eux aussi lāobjet dāun suivi poussĆ©.
LāintĆ©gration progressive de vĆ©hicules Ć©lectriques change toutefois la donne pour les dirigeants de Lahaye Global Logistics. Le groupe sāest notamment converti aux contrats de maintenance clĆ© en main proposĆ©s par les constructeurs. Entre les camions, les bornes de recharge et le rĆ©seau Ć©lectrique, le risque de panne sāaccroĆ®t, estime Matthieu Lahaye. "En outre, selon nos estimations, on perd entre 8 et 12 % de l'Ć©nergie lorsque l'on recharge un camion. C'est un Ć©lĆ©ment Ć prendre en compte dans le calcul du TCO", pointe le dirigeant.
Constructeurs et Ʃquipementiers chassent les coƻts
Du cĆ“tĆ© des constructeurs, Ć lāheure de rĆ©pondre aux stratĆ©gies de "centimiers" dĆ©ployĆ©es par les transporteurs, les outils de calcul et dāoptimisation se multiplient. Scania sāappuie ainsi sur son propre calculateur TCO, notamment pour le B100, le B100 exclusif et lāĆ©lectrique. "Il me permet d'effectuer des Ć©valuations selon les carburants Ć partir du nombre de kilomĆØtres parcourus, du type d'activitĆ©, de la consommation de rĆ©fĆ©rence en mode diesel, du taux d'imposition pour le calcul du suramortissement et du taux d'emprunt. Ce premier onglet vient nourrir les Ć©lĆ©ments relatifs au coĆ»t de dĆ©tention. Puis viennent se greffer le coĆ»t de l'Ć©nergie et de la maintenance, auxquels j'ai ajoutĆ© un onglet gain d'Ć©missions de CO2", dĆ©taille Christophe Danel, chef de rĆ©gion Solutions alternatives chez Scania France.
La rĆ©duction des consommations demeure Ć©videmment lāun des principaux gisements dāoptimisation. Les constructeurs continuent dāavancer dans ce domaine au fil des Ć©volutions mĆ©caniques et logicielles. MAN revendique ainsi un gain de consommation de 4 % avec sa boĆ®te de vitesses TipMatic associĆ©e Ć son moteur D30, par rapport Ć la prĆ©cĆ©dente motorisation maison, selon Veronica Colmenares Gonzalez, responsable produits et homologation camion thermique chez MAN France.
Quāen est-il du diesel face Ć lāĆ©lectrique ? Ć ce stade, il nāexiste pas encore de vĆ©ritĆ© gĆ©nĆ©rale, considĆØre Christophe Danel. "Les variables vont porter sur le nombre de kilomĆØtres parcourus, sur les aides publiques pour l'Ć©lectrique, sur le coĆ»t de l'Ć©nergie [certains de mes clients paient l'Ć©lectricitĆ© 8 centimes, d'autres 18 centimes...]", indique le responsable de Scania.

Quentin Chataigner (MAN) estime que le prix de lāĆ©nergie Ć©lectrique est devenu 6 Ć 7 fois plus intĆ©ressant que celui du diesel. Ā©MAN
Chez MAN, dans un autre registre, on estime que le surcoût lié à la fréquence accrue des vidanges sur les moteurs B100 reste "indolore car il est compensé par un partenariat avantageux avec Oleo100 [la marque de B100 du groupe Avril, ndlr], aussi bien sur les parties Capex que Opex".
Les aides Ć lāacquisition de vĆ©hicules Ć©lectriques constituent Ć©galement, pour les transporteurs, un levier prĆ©cieux. "Ce sont 10 000 ou 15 000 euros que l'on peut capter en full trĆ©sorerie ou injecter dans le financement dans le but de rĆ©duire les intĆ©rĆŖts", souligne Quentin Chataigner, qui ajoute : "si l'on additionne financement et acquisition, suramortissement et aides en provenance des producteurs d'Ć©nergie Ć©lectrique ā jusqu'Ć 15 000 euros chez certains ā, on s'approche d'une enveloppe globale de 170 000 euros."
Autre piste dāoptimisation : la mise en place dāinfrastructures de recharge intelligentes, Ć lāimage de celles proposĆ©es conjointement par les constructeurs de camions et les fournisseurs dāĆ©nergie, comme EDF Business Solutions Services.
La piĆØce dĆ©tachĆ©e peut elle aussi entrer dans lāĆ©quation. La maintenance reprĆ©sente en effet un poste de dĆ©pense important pour les flottes. Selon lāenquĆŖte longue distance 2023 du CNR, son coĆ»t atteint environ 20 000 euros par an pour une flotte de 10 camions rĆ©cents. Il peut dĆ©passer 1,2 million dāeuros lorsque les vĆ©hicules ont plus de 3,5 ans. Pour contenir cette dĆ©pense, certains fournisseurs cherchent dĆ©sormais Ć agir directement sur le coĆ»t des piĆØces et sur leur mode dāapprovisionnement.
Cāest le pari de Sampa, fabricant turc de piĆØces dĆ©tachĆ©es prĆ©sent dans 140 pays. Cet acteur de la maintenance de poids lourds sāappuie sur une organisation industrielle et commerciale totalement intĆ©grĆ©e qui, selon Emmanuel Vincent, son dirigeant dans lāHexagone, lui procure un avantage en matiĆØre de compĆ©titivitĆ©. "Cette organisation verticale, de l'outil industriel jusqu'Ć notre rĆ©seau de distribution, nous permet de rĆ©duire de 20 % la chaĆ®ne de valeur", explique-t-il. Sampa cherche Ć©galement Ć rĆ©duire les coĆ»ts en prĆ©parant en usine des kits de piĆØces prĆŖts Ć monter, afin de limiter le temps de prĆ©paration en atelier. "Cette dĆ©marche nous permet, par exemple, de rĆ©aliser l'Ć©conomie d'une heure et demie de main-d'Åuvre en France", assure Emmanuel Vincent.
Depuis 2021, le fabricant turc propose aussi Sampa Infinity, un contrat de location de piĆØces dĆ©tachĆ©es sur quatre ans portant notamment sur les silentblocs, amortisseurs, coussins de suspension, moyeux, plaquettes de frein ou pivots dāattelage." Cette solution permet aux transporteurs de baisser leur coĆ»t de maintenance de 25 %. Ils externalisent 70 % du risque chez le loueur", affirme Emmanuel Vincent.
La donnƩe au service du TCO
Lāinformatique embarquĆ©e constitue lāun des outils les plus prĆ©cieux pour collecter les donnĆ©es nĆ©cessaires au suivi du TCO. Son interaction avec le TMS et les logiciels de planification revĆŖt Ć ce titre une importance croissante. "Les outils d'informatique embarquĆ©e modernes sont aujourd'hui en mesure d'Ć©changer des informations en temps rĆ©el avec le TMS. Il existe un gros gisement de TCO Ć capter", souligne Fabien Dusserre. Il insiste notamment sur les donnĆ©es relatives au comportement du conducteur.
Elles jouent directement sur la consommation de carburant, mais aussi sur lāusure du matĆ©riel, des plaquettes de frein, des pneumatiques ou encore de la boĆ®te de vitesses. Lāex-dirigeant de Trimble France regrette toutefois que, selon lui, Ć lāexception de Volvo et Renault Trucks, les acteurs de lāinformatique embarquĆ©e ne puissent plus capter directement certaines donnĆ©es des vĆ©hicules Ć©lectriques, notamment lāĆ©tat de charge de la batterie, ou SOC (state of charge), "car les constructeurs ne les partagent pas avec eux, hormis au travers de leurs API".

Avec le KMAX GEN-3, Goodyear mise notamment sur davantage de silice et moins de noir de carbone pour limiter les pertes dāĆ©nergie et la consommation. Ā©Goodyear
Le pneumatique constitue, lui aussi, Ć la fois un poste dāĆ©conomie potentiel et un poste de coĆ»t lorsquāil est mal gĆ©rĆ©. Ć ce titre, il doit ĆŖtre considĆ©rĆ© comme un vĆ©ritable actif financier, estime Florien HĆ©richer, responsable France de la division industrielle de Goodyear. "Le transporteur doit s'assurer que ses conducteurs, son responsable de maintenance et son ou ses ateliers sont totalement impliquĆ©s dans le suivi de la vie du pneumatique. C'est le premier levier d'optimisation du TCO des pneumatiques", souligne-t-il. Le deuxiĆØme levier, selon lui, est le produit lui-mĆŖme, Ć condition quāil soit performant en matiĆØre de durabilitĆ© et de consommation Ć©nergĆ©tique. Dans ce domaine, les approches des manufacturiers convergent autour de la rĆ©sistance au roulement et de la longĆ©vitĆ©.
Chez Goodyear, le KMAX GEN-3, dernier-nĆ© de la gamme, intĆØgre moins de noir de carbone et davantage de silice dans la carcasse et la bande de roulement. RĆ©sultat, selon Florien HĆ©richer : moins dāĆ©chauffement et de dissipation dāĆ©nergie.
TroisiĆØme piste : les donnĆ©es issues de la maintenance prĆ©dictive, qui permettent dāanticiper les besoins dāintervention et de rĆ©duire les immobilisations, tout en contribuant elles aussi Ć la maĆ®trise du TCO.
Avec les tensions mondiales sur les approvisionnements en matiĆØres premiĆØres et lāinstabilitĆ© persistent des prix de lāĆ©nergie, les nuages ne sont pas prĆØs de se dissiper dans le ciel des "centimiers" du TRM. Plus que jamais, leur performance repose moins sur un levier isolĆ© que sur lāaddition d'une multitude de dĆ©cisions opĆ©rationnelles, parfois minimes Ć lāĆ©chelle d'un camion mais capables, une fois cumulĆ©es sur l'ensemble d'une flotte, de peser lourd dans les comptes.
Par Slimane Boukezzoula
Le levier de la recharge Ʃlectrique
Les dĆ©tenteurs de vĆ©hicules Ć©lectriques qui souhaitent agir sur leur TCO doivent respecter plusieurs principes de base. Ć commencer par le choix de leur infrastructure de recharge, selon Tom Lyonnet, responsable marchĆ© logistique et transport de Bump. "Mettre la borne la plus puissante ā et donc la plus chĆØre ā du monde ne sert Ć rien si elle n'est pas adaptĆ©e aux besoins de la flotte. Une analyse des besoins opĆ©rationnels en amont s'impose", indique-t-il.
Autre passage obligĆ© : lāanalyse des tournĆ©es. KilomĆ©trages, plages horaires, nature des missions selon les camions⦠Autant de donnĆ©es permettant "d'optimiser le rapport entre la puissance dĆ©livrĆ©e par l'infrastructure et le nombre de kilomĆØtres parcourus au total".
Pour ĆŖtre rentable, une borne doit avant tout ĆŖtre utilisĆ©e. Transformateur ou point de charge pour acheminer la puissance jusquāĆ la zone dĆ©diĆ©e ? Le choix doit ĆŖtre arbitrĆ© selon les spĆ©cificitĆ©s du site Ć Ć©quiper, estime Tom Lyonnet. Les aides disponibles dĆ©pendent Ć©galement de cette architecture. "Les demandes des transporteurs se portent plutĆ“t sur des transformateurs avec 4, 8 ou 12 points de charge, ce qui peut se rĆ©vĆ©ler plus rentable. Et lĆ , il existe des aides."
Selon le responsable de Bump, lāouverture des infrastructures de recharge Ć des usagers extĆ©rieurs, "ne serait-ce qu'Ć hauteur de 20 %", constitue un autre moyen dāamĆ©liorer le TCO de la recharge. MĆŖme logique avec la mutualisation des bornes, Ć lāimage de ce que propose notamment le rĆ©seau de transporteurs Alphya. Tom Lyonnet ajoute quāun TCO de recharge bien maĆ®trisĆ© passe Ć©galement par un coĆ»t de lāĆ©lectricitĆ© contenu, idĆ©alement en dessous de 30 centimes/kWh. "Les Ć©tudes rĆ©vĆØlent que sur un certain nombre d'usages, il vaut mieux acheter au prix spot", prĆ©cise le responsable.
L'atout des cartes de paiement
La flambĆ©e du prix des carburants a rappelĆ© lāimportance, pour les transporteurs, de bien maĆ®triser leurs contrats et de distinguer prĆ©cisĆ©ment les diffĆ©rents modes de tarification. "Nous rencontrons encore trop de transporteurs qui manquent de rigueur dans ce domaine", affirme Nicolas Ochoa, directeur gĆ©nĆ©ral dĆ©lĆ©guĆ© des cartes de paiement carburant chez C2A. "L'optimisation du TCO passe par une analyse rigoureuse des contrats fournisseurs : prix Ć la pompe et prix Ć la cuve doivent ĆŖtre dissĆ©quĆ©s. Il faut ĆŖtre agile dans le choix des solutions Ć disposition, mĆ©ticuleux dans la sĆ©lection des trajets empruntĆ©s par le conducteur, y compris pour le plein de son camion ou le choix de son restaurant." Dans un contexte de forte volatilitĆ© des prix, cette vigilance sur les conditions contractuelles, les itinĆ©raires et les lieux de ravitaillement peut reprĆ©senter, elle aussi, plusieurs centimes gagnĆ©s au kilomĆØtre.
Trois questions à ⦠Alexis Giret, directeur du comité national routier (CNR)
JPL : Quel regard portez-vous sur lāimpact du conflit au Moyen-Orient sur le TRM ?
Alexis Giret : DĆØs lāouverture du conflit, le prix du gazole sāest mis Ć flamber. Pour le reste, jusquāĆ prĆ©sent [en juin, date de lāinterview, ndlr], nous nāavons pas dĆ©celĆ© d'autres postes inflationnistes. DĆØs le dĆ©but mars, nous avons mis en place une enquĆŖte "Prix Cuve hebdomadaire" dans le but dāobjectiver les chiffres figurant derriĆØre les hausses. En une semaine, la progression sāest Ć©tablie Ć 20 %. Puis nous avons enregistrĆ© des hausses inĆ©dites, jusquāĆ 50 %.
De votre poste dāobservation, avec quelles armes la profession a-t-elle affrontĆ© cette situation inflationniste ?
Le mĆ©canisme dāindexation Ć©nergĆ©tique sāest rĆ©vĆ©lĆ© ĆŖtre une arme de dĆ©fense essentielle. Il est immĆ©diatement opĆ©rationnel et sāapplique chaque mois Ć chaque facture. Les transporteurs qui ont connu des difficultĆ©s pour surmonter ces situations inflationnistes sont ceux qui Ć©taient dĆ©jĆ confrontĆ©s Ć des problĆØmes de trĆ©sorerie. En clair, le mĆ©canisme dāindexation ne suffit pas pour les entreprises dont la trĆ©sorerie est sous tension.
Quid des aides annoncƩes par le gouvernement ?
Les informations Ć ce sujet sont trĆØs parcellaires [au moment de lāinterview, ndlr]. Les dĆ©lais de mise en Åuvre semblent assez longs. En revanche, ce qui a Ć©tĆ© mis en place Ć lāinitiative du CNR, cāest le principe nouveau dāun indice bimensuel permettant de suivre plus finement lāĆ©volution de la situation. Ce dispositif vise Ć Ć©tablir une facture non plus seulement Ć la fin du mois, mais dĆØs son milieu, avec un pied de facture, afin de recouvrer plus vite les sommes engagĆ©es. Cāest une rĆ©ponse directe Ć un problĆØme de trĆ©sorerie : faire rentrer lāargent plus rapidement.
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