Camions électriques : 50 000 euros d'économies en cinq ans par rapport au diesel ?

Plus vert, mais surtout moins cher ? Selon une nouvelle analyse de Transport & Environment (T&E), le camion électrique deviendrait aussi une option économiquement compétitive pour les transporteurs. Pour sa nouvelle étude, l'organisation s'est intéressée au TCO (coût total de possession) des poids lourds électriques et diesel dans neuf grands marchés européens.
Dans six d'entre eux, le TCO d'un camion électrique serait déjà inférieur à celui d'un diesel. Il s'agit de la France, l'Allemagne, le Danemark, la Suède, les Pays-Bas et la Belgique. Ces six marchés représentent près de la moitié des ventes de poids lourds neufs dans l'Union européenne.
50 000 euros d'économies en France
En France, T&E estime qu'un transporteur achetant aujourd'hui un camion électrique fabriqué en Europe peut économiser jusqu'à 50 000 euros sur cinq ans par rapport à un modèle diesel équivalent. Le retour sur investissement intervient, selon l'étude, au bout de quatre ans.
Cette comparaison intègre l'ensemble des coûts liés à l'exploitation du véhicule. Dans un premier temps, le prix d'achat reste logiquement un frein important pour l'électrique : en moyenne, sur le continent, il représente 39 % du TCO d'un camion électrique, contre 21 % pour un camion diesel. Le prix neuf d'un poids lourd à batteries reste deux à trois fois plus important qu'un équivalent thermique.
L'écart est donc compensé progressivement par les coûts d'utilisation. Le gazole représente en moyenne 36 % du TCO d'un poids lourd diesel dans les neuf pays étudiés, tandis que l'électricité pèse 25 % du TCO d'un camion électrique. Les coûts de maintenance constituent également une part importante des dépenses du diesel, moins pour l'électrique. Mais cette énergie induit cependant des coûts d'assurance et d'infrastructure de recharge plus élevés.
Le levier majeur de l'exonération des péages
Tous ces éléments s'équilibrent quelque peu. La différence favorable à l'électrique dépend donc surtout des politiques publiques, avec trois points majeurs mis en avant : le prix du véhicule, l'énergie et les péages autoroutiers. C'est ce dernier point qui pose question en France. En effet, les pouvoirs publics ont rappelé à plusieurs reprises ne pas avoir l'intention d'exempter les poids lourds zéro émission de péage, comme le permet la loi européenne.
Or, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark et la Belgique ont déjà instauré des dispositifs de péage différenciés selon les émissions de CO₂. L'exemple allemand est mis en avant par T&E : l'exemption y permettrait de compenser à elle seule presque intégralement le surcoût à l'achat d'un poids lourd électrique en moins de cinq ans.
En France, T&E estime qu'un camion longue distance génère en moyenne quelque 94 000 euros de péages sur cinq ans, quelle que soit sa motorisation. Une réduction de 75 % pour les poids lourds électriques représenterait donc près de 71 000 euros d'économies supplémentaires sur cette période.
Jusqu'à 100 000 euros d'économies ?
Au total, avec des mesures favorables, T&E estime que les économies réalisées avec un camion électrique pourraient atteindre environ 100 000 euros sur cinq ans en 2030 en France. À l'inverse, si les aides à l'achat actuelles sont progressivement supprimées sans mesures complémentaires, l'économie projetée ne serait plus que de 10 000 euros en 2030. La baisse du prix à l'achat compenserait légèrement.
"La France a de nombreux atouts dans sa main pour rendre le camion électrique encore plus abordable pour les transporteurs. Le gouvernement doit faire preuve de courage politique et inscrire la loi-cadre et l'IRICC à l'ordre du jour de l'Assemblée. La possibilité de proposer des péages réduits pour les camions zéro émission devra quant à elle être saisie par le prochain gouvernement dès 2027, en application de la directive Eurovignette", commente Diane Strauss, directrice de T&E France.
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