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Transport

Christophe Gazagnes, Flexatrans : "Certains chargeurs encadrent les indexations gazole avec des méthodes de calcul très favorables"

Publié le 28 octobre 2026

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Par Mohamed Aredjal
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5 min de lecture
Très actif sur les réseaux sociaux, Christophe Gazagnes n’hésite pas à y commenter l’actualité du transport routier et les difficultés rencontrées par la profession. Pour la rubrique "Un café avec..." du Journal du Poids Lourd, le dirigeant de Flexatrans développe son analyse du secteur et revient sur le rapprochement récent de son entreprise avec le groupe CTM.
Sur LinkedIn notamment, Christophe Gazagnes défend régulièrement les intérêts des transporteurs et alerte sur les fragilités économiques du secteur. ©Flexatrans

JPL : Vous avez beaucoup communiqué ces derniers mois sur les difficultés économiques du transport routier. Assistons-nous à un changement de modèle ?

Christophe Gazagnes : Sur les réseaux sociaux, je cherche avant tout à aborder des sujets qui concernent les transporteurs. Le carburant en fait évidemment partie et mes publications sur ce thème suscitent beaucoup de réactions. Il y a aujourd’hui un véritable problème économique dans le transport routier.

 

Flexatrans vient de rejoindre le groupe CTM. Pourquoi ce rapprochement, et que va-t-il changer pour vos clients ?

C’était une opportunité que nous recherchions depuis plusieurs années. Flexatrans est à l’origine organisateur et commissionnaire de transport. Nous travaillons avec de nombreux tractionnaires, mais avions besoin de nous appuyer localement sur un transporteur disposant de moyens en propre. Fin 2025, nous nous sommes rapprochés de CTM, un groupe familial avec lequel nous partageons des valeurs communes. C’est un acteur régional important, présent sur l’arc méditerranéen, avec environ 700 véhicules et des entrepôts logistiques. Ce rapprochement apporte à Flexatrans les moyens humains, matériels et logistiques nécessaires pour franchir un cap et accéder à des marchés plus importants. Notre taille pouvait jusqu’ici constituer un frein pour répondre à certains grands appels d’offres.

 

Pensez-vous que de nombreux petits transporteurs pourraient disparaître dans les prochains mois ?

Oui, je le crains. Nous faisons aussi de l’organisation de transport et travaillons avec des sous-traitants. Je constate que certains n’ajustent pas suffisamment leurs tarifs à leur prix de revient. Ils risquent de s’en apercevoir trop tard… La crise du carburant, par exemple, est intervenue en mars. Le mois était déjà entamé et nous n’avons pas pu répercuter immédiatement la hausse auprès des clients. Un mois de décalage, ce n’est pas négligeable. Nos marges sont tellement faibles que lorsqu’une entreprise réalise 1 ou 2 % de résultat sur son chiffre d’affaires, c’est déjà beaucoup.

Une erreur de 10 ou 15 % dans le calcul d’un prix de transport peut donc être fatale. Nous avons essayé de réagir, mais tous les clients n’acceptent pas les hausses. Faut-il prendre le risque d’en perdre alors que l’activité se contracte ? Pas si évident ! Nous avons tous besoin de nouvelles parts de marché. Notre marge de manœuvre est très réduite, notamment avec les grands chargeurs. Certains encadrent les indexations gazole avec des méthodes de calcul très favorables. Je ne citerai pas de noms, mais nous avons pu nous retrouver avec des indexations de 3 %, sans rapport avec la hausse réellement subie.

 

Dans ce contexte, quelles entreprises tireront leur épingle du jeu ?

Celles qui disposent de suffisamment de trésorerie auront plus de temps pour réagir. Mais il faut surtout agir vite, notamment en répercutant les augmentations. Sur le carburant, nos leviers sont limités. La transition énergétique peut aussi être pertinente sur certaines liaisons. Des aides existent, mais pour investir dans des véhicules alternatifs, il faut un contrat suffisamment long et sécurisé avec un client, ainsi que des infrastructures adaptées.

Nous savons recharger quelques véhicules sur un site, mais avec l’augmentation des flottes électriques, les capacités disponibles deviendront un enjeu. Cette transition doit avoir lieu, mais nous avons parfois le sentiment d’avancer à marche forcée. Le transport français est aussi pénalisé par la concurrence internationale. Plusieurs pays voisins ont pris des mesures sur le carburant, ce qui donne un avantage supplémentaire aux transporteurs étrangers. Ils bénéficient déjà de coûts sociaux différents et peuvent faire leur plein là où les prix sont les plus intéressants.

 

Quelle mesure proposeriez-vous aux pouvoirs publics pour soutenir durablement le transport routier français ?

Le dossier prioritaire, c’est l’allègement des charges. En matière de salaires et de droit du travail, nous n’avons pas les mêmes règles que certains voisins, alors que nous évoluons dans un marché ouvert. L’étau se resserre sur le transport routier français, qui a déjà perdu une grande partie de ses positions à l’international. Si nous voulons réellement un marché commun, il faut tendre vers des règles comparables pour tous : temps de travail, charges sociales, retraites, fiscalité ou prix du carburant. Nous ne pouvons pas durablement nous affronter avec des règles différentes.

En rejoignant le groupe CTM, Flexatrans peut désormais s’appuyer sur une flotte d’environ 700 véhicules pour accéder à des marchés de plus grande ampleur. ©Flexatrans

En rejoignant le groupe CTM, Flexatrans peut désormais s’appuyer sur une flotte d’environ 700 véhicules pour accéder à des marchés de plus grande ampleur. ©Flexatrans

 

Revenons à vos débuts : comment êtes-vous arrivé dans le transport ?

J’ai commencé en 1999 à Cavaillon, dans l’exploitation de transport de primeurs, après une école de transport. C’était un métier très stressant, mais passionnant. J’ai débuté chez un transporteur qui venait d’être racheté par Norbert Dentressangle. C’était une entreprise familiale, avec des salariés extrêmement impliqués. J’ai ensuite appris l’affrètement à Marseille. J’y ai développé une clientèle et découvert le tissu économique local et les transporteurs.

J’ai aussi assisté à la dégradation progressive du marché français… En 2008, j’ai eu envie de créer ma propre structure, davantage orientée vers le client. Je ne manquais ni d’idées ni d’envie. C’est ainsi qu’est née Flexatrans. L’entreprise s’est rapidement développée : en quelques années, notre chiffre d’affaires est passé de zéro à 10 millions d’euros.

 

Vous avez aussi très tôt misé sur le numérique…

Oui, car l’organisation de transport repose beaucoup sur le croisement de bases de données et la géolocalisation des véhicules. Vers 2015-2016, j’ai donc créé Fretbooking, une plateforme capable de calculer un prix de transport entre deux points, notamment selon le nombre de palettes. Mais le projet est probablement arrivé trop tôt. Les clients n’étaient pas encore habitués à commander ce type de prestation en ligne. Le Covid a changé les comportements et démocratisé les usages numériques.

J’ai alors développé FlexaForYou. Cette plateforme a donné un nouveau virage à Flexatrans. Le numérique nous permet surtout de toucher des clients sur de nouveaux territoires sans disposer de commerciaux dans chaque région. Nous pouvons capter des marchés en Belgique, en Bretagne ou ailleurs en proposant une solution en ligne. Avec davantage de moyens financiers et marketing, nous aurions probablement pu aller beaucoup plus loin, notamment en Europe.

 

Flexatrans existe depuis près de vingt ans. Quel a été le moment le plus difficile ?

Je n’aime pas regarder dans le rétroviseur ! Je préfère penser aux projets à venir. Mais 2015 a été une période difficile : nous avons dû fermer des sites et restructurer l’entreprise. Nous dépensions trop et il fallait recentrer l’activité. Même lorsque l’on sait que c’est nécessaire, ce ne sont jamais de bons moments.

 

Si vous deviez résumer votre façon de diriger Flexatrans en trois valeurs ?

D’abord, la réactivité vis-à-vis du client. C’est primordial, même si elle est parfois plus difficile à maintenir aujourd’hui. Avec mes équipes, je privilégie l’esprit collectif et recrute des personnes capables de travailler ensemble. J’aime cette énergie qui donne envie d’avancer dans le même sens. Enfin, avec nos fournisseurs et nos tractionnaires, la valeur essentielle est la confiance. Nous avons parfois soutenu certains partenaires lorsqu’ils avaient besoin d’être payés plus rapidement.

 

Si Flexatrans était une chanson ?

L’Envie, de Johnny Hallyday. Elle incarne assez bien mon parcours et celui de l’entreprise.

 

Si vous n’aviez pas travaillé dans le transport, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

Probablement un métier dans le négoce ou le commerce, par exemple l’immobilier. J’aime le contact, discuter et faire des affaires. J’aime surtout créer des choses nouvelles et moderniser ce qui a vieilli.

 

Que peut-on vous souhaiter, à vous et à Flexatrans, pour les années à venir ?

Avec l’intégration de Flexatrans au groupe CTM, j’aimerais contribuer à construire quelque chose d’important et d’incontournable dans le Sud-Est. J’ai beaucoup d’idées. Cela va au-delà de la mutualisation des moyens. CTM dispose d’un outil formidable, qui mérite de gagner en visibilité.

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