Avec Malherbe, Geodis vise le podium du transport routier français

Reprendre une taille significative dans l'Hexagone pour intégrer le top 3, voire le top 2, du lot. L'acquisition du groupe Malherbe s'inscrit dans cette ambition de trajectoire pour Geodis. La filiale de la SNCF a reçu, fin mars, le feu vert des autorités de la concurrence pour cette opération de croissance externe dévoilée en décembre dernier. Geodis entend désormais proposer "une alternative forte" sur le marché français du lot.
Historiquement, sa ligne de métier Route en France s'appuie sur un portefeuille clients fortement orienté vers l'industrie, notamment dans les secteurs de la sidérurgie, de l'automobile et de la chimie. "Ce sont des secteurs qui offrent encore des opportunités commerciales, mais qui s'inscrivent depuis plusieurs années dans une tendance structurellement baissière, souligne Marc Vollet, directeur général de l'activité Réseau routier européen du groupe Geodis. Nous avons donc choisi de nous repositionner sur des marchés plus résilients, comme l'alimentaire, la grande distribution et l'agroalimentaire." Grâce à son offre commerciale fortement implantée sur ces segments, Malherbe, l'un des acteurs les plus reconnus du transport routier français, s'est rapidement imposé comme une cible de choix pour le groupe dirigé par Marie-Christine Lombard.
Avec un chiffre d'affaires cumulé de deux milliards d'euros sur ces secteurs d'activité, le nouvel ensemble entend bâtir "un schéma de coconstruction d'un acteur global en France. Marc Vollet évoque ainsi la volonté de "capitaliser sur les meilleures pratiques des deux groupes afin de renforcer le maillage du territoire". Malherbe apporte notamment ses solides positions dans l'Ouest de la France, avec une quarantaine de sites répartis entre la Normandie, la Bretagne et les Pays de la Loire. Ces implantations viendront compléter le réseau Route de Geodis, historiquement davantage concentré dans le Nord, le Nord-Est et la région Rhône-Alpes. "Il s'agit pour nous d'une acquisition de qualité, même si elle présente un profil très franco-français alors que Geodis a plutôt privilégié ces dernières années son développement à l'international", observe Marc Vollet.
Geodis accélère dans le froid
L'intégration de Malherbe doit permettre à Geodis de s'ancrer durablement sur le marché de la température dirigée, qui représente près du tiers du chiffre d'affaires du transporteur normand, soit environ 450 millions d'euros. Avec le rachat des Transports Gandon en 2021, Geodis avait déjà pris position sur le transport pharmaceutique sous température contrôlée. L'acquisition de Malherbe, renforcée ces dernières années par les rachats d'Étoile Routière et des Transports Bernard, vient consolider ce pôle frigorifique dont l'objectif est désormais de développer une offre couvrant à la fois le transport sous température ambiante et le transport sous température dirigée.

En rachetant Malherbe, Geodis récupère une flotte intégrée de 1 500 véhicules, ce qui renforce de façon considérable son dispositif de transport en propre. ©Malherbe
Basé à Rots (Calvados), le groupe normand apporte également son expertise dans les filières alimentaire et agroalimentaire. Son portefeuille comprend notamment l'une des plus importantes coopératives agricoles françaises, rappelle Marc Vollet. "Il s'agira pour nous de consolider cette compétence et, à terme, probablement de l'étendre à une échelle plus nationale", précise-t-il. Entre les lignes, il faut comprendre que Geodis envisage à terme de densifier son maillage territorial dans le froid par le biais de nouvelles acquisitions ciblées. "Les prochains mois seront consacrés à l'intégration de Malherbe et à la valorisation de ses moyens afin de préparer une nouvelle phase de développement", confie Marc Vollet.
Identifier les synergies
Pas question pour le groupe public de prétendre rivaliser avec les ténors du secteur, mais l'ambition demeure bien de devenir un pure player de la température dirigée sur le marché français. Une ambition qui passe par la mise en place d'une organisation chirurgicale. "Dans le transport sous température ambiante comme dans la température dirigée, nous devons construire des plans de transport compétitifs et équilibrés, avec suffisamment de récurrence pour optimiser nos coûts et limiter les kilomètres à vide. Avec l'intégration de Malherbe, nous constatons qu'un véhicule frigorifique peut parfaitement assurer un trajet dans son activité historique tout en répondant à des besoins relevant d'autres spécialités", assure Marc Vollet.
Le dirigeant n'exclut pas non plus l'apparition de synergies avec l'activité pharmaceutique développée autour de Gandon. "Même s'il convient naturellement de distinguer les exigences propres aux activités alimentaires et pharmaceutiques", nuance-t-il. Les ambitions de Geodis concernent avant tout le transport. Mais le groupe n'écarte pas le développement d'activités logistiques complémentaires, notamment sous la forme de plateformes de crossdocking dédiées aux opérations de groupage-dégroupage pour la distribution de produits frais.
Le prime au parc propre
L'intégration de Malherbe dans le périmètre Route de Geodis vient renforcer les effectifs et les moyens roulants du groupe. Le rapprochement des deux entités permet de faire émerger un effectif de 3 000 conducteurs. De quoi "constituer un acteur de référence dans le registre du parc propre [1 500 véhicules sous la bannière Malherbe, ndlr] en France", selon Marc Vollet. Cette notion de parc propre qui anime les dirigeants de Geodis vise à ouvrir de solides perspectives commerciales et technologiques au leader français. "On cerne bien qu'en France, pour demeurer compétitif, pertinent et un acteur dans la décarbonation, il est plus avantageux d'opérer avec cette logique de parc propre", ajoute le dirigeant.
Les solutions de décarbonation adoptées de part et d'autre avant l'opération ont fortement contribué au rapprochement entre Geodis et Malherbe, affirme Marc Vollet. En effet, les deux acteurs ont en commun de recourir aux énergies alternatives : B100, HVO, "mass balance" et électromobilité. "Nous partageons une même volonté d'associer nos différentes expérimentations sur les solutions vertes et d'accélérer sur l'énergie électrique en frais et en conditionné. Nos deux entités rassemblent neuf stations de recharge en France. Ce point constitue un chantier important pour les mois et les années à venir", explique Marc Vollet. Cet enjeu devrait d'ailleurs prendre une place croissante dans les futurs appels d'offres.
Il figurera également parmi les priorités confiées à Noël Samson, ancien codirigeant et actionnaire de Malherbe, qui conserve la direction générale France du groupe normand. Il s'agit, pour les équipes Malherbe, de découvrir le monde Geodis et d'identifier les meilleures pratiques, notamment celles propices à la complémentarité entre les deux entités et aux synergies en matière de négociations commerciales. Geodis et Malherbe partagent quelques clients en commun. Pour le reste, charge aux équipes commerciales de faire jouer les synergies. "Il existera forcément des opportunités de vente croisée dans nos deux fonds de commerce, indique Marc Vollet. Si l'on part du postulat que Geodis est fortement typé moyenne-longue distance, et Malherbe davantage connoté courte distance, nous serons sans doute en mesure d'apporter des solutions pertinentes à nos clients respectifs."
Quel avenir pour la marque Malherbe ? Chez Geodis, on évoque l'ambition de dépasser le stade de la simple intégration dans le périmètre Route de Geodis. "La marque Malherbe possède un fort capital de reconnaissance. La société affiche une très bonne santé économique. C'est la raison pour laquelle nous souhaitons que les valeurs de nos deux entreprises, celles partagées par nos équipes opérationnelles et commerciales, conduisent à faire émerger un bel amalgame. Un ensemble appelé à "peser durablement sur le marché, offrir un niveau de service de référence et couvrir un large spectre de prestations : régional, moyenne et longue distance, demi-lot, lot complet, transport ambiant et température dirigée". Pour autant, conformément à la stratégie menée par Geodis depuis plusieurs années et à son modèle de marque unique, le nom Geodis devrait progressivement se substituer à celui de Malherbe. À court terme, la priorité reste toutefois d'assurer la continuité auprès des clients comme des collaborateurs.
par Slimane Boukezzoula
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