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Constructeurs

Renault Trucks défend son approche multi-énergies

Publié le 21 octobre 2026

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Par Lucas Autréau
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4 min de lecture
Présent aux 24 Heures Camions du Mans, les 26 et 27 septembre, Renault Trucks a mis en avant ses solutions électriques, du Pace Truck au nouveau T-780, tout en dévoilant son moteur thermique DE13 R. Une double approche qui illustre la volonté du constructeur d'adapter la décarbonation aux contraintes d'exploitation des transporteurs.
Pour la deuxième année consécutive, Renault Trucks a mis à disposition son Pace Truck 100 % électrique pour l'ensemble des épreuves du championnat de France Camions FFSA qui se sont déroulées au Mans. © JPL/LA

Le Mans, bien plus qu'un rendez-vous sportif pour Renault Trucks. Une nouvelle fois présent aux 24 heures Camions organisée sur le circuit Bugatti (26-27 septembre), le constructeur français en a profité pour mettre en lumière sa stratégie multi-énergies, avec une place prioritaire donnée à l'électrique.

Sur la piste sarthoise, le constructeur a notamment déployé pour la deuxième année consécutive un Pace Truck 100 % électrique utilisé lors des quatre courses du championnat de France Camions FFSA. Ce nouveau modèle assure une double fonction : assurer les procédures départ tout en étant le camion logistique de Wheels Racing. Avec une autonomie annoncée d'environ 400 km, ce tracteur 4x2 de série tracte sa remorque et rallie chaque manche du championnat en une seule charge.

Jusqu'à 660 km d'autonomie

Mais cette maturité technologique ne s'arrête pas au circuit. Dans le paddock, le constructeur a également attiré l'attention sur le E-Tech T 780, son nouveau modèle grand routier 100 % électrique capable d'atteindre 660 km d'autonomie. Sur ce segment, Renault Trucks mise sur des batteries modulaires, avec une configuration de six à huit packs selon les besoins. La première privilégie la charge utile, tandis que la seconde favorise l'autonomie. Cette modularité permet d'adapter le véhicule aux contraintes des transporteurs, notamment en matière de distance parcourue et de marchandises transportées.

Côté mécanique, le E-Tech T 780 inaugure une chaîne cinématique inédite sans arbre de transmission central, libérant l'espace pour des batteries logées en « L » sous un plancher plat. L'ensemble repose sur un essieu électrique (e-axle), intégrant la boîte de vitesses d'un côté et deux moteurs électriques symétriques de l'autre. "C'est vraiment un pont tout-en-un", résume Renaud Laperrière, responsable produit France chez Renault Trucks.

Mais sur ce segment grand routier, le poids des batteries pose un défi réglementaire. En profitant du bonus légal accordé aux véhicules électriques (+2 tonnes) et aux silhouettes 6x2 (+1 tonne), le E-Tech T 780 peut circuler en France jusqu'à un poids total de 47 tonnes. À pleine charge, la poussée sur le train arrière grimpe alors à 16 tonnes, soit bien au-delà des 11,5 tonnes autorisées par la réglementation française sur un pont moteur.

Pour rester en conformité sans sacrifier la charge utile, Renault Trucks lui adjoint un troisième essieu auxiliaire de 4,5 tonnes. Directeur et relevable automatiquement, il s'adapte en temps réel à la masse transportée : dès que le convoi descend sous le seuil des 30 tonnes (à vide ou en charge partielle), l'essieu se relève pour supprimer la traînée au roulement et éviter l'usure prématurée des pneumatiques.

Confort et sécurité au service du chauffeur

Au-delà des performances pures, l'électrique transforme également l'expérience au volant. Dans la cabine, l'accent a été mis sur l'agrément de conduite. L'absence de bruits et la réduction des vibrations, souvent perceptibles sur un modèle thermique, éliminent les nuisances sonores et assurent une sérénité pour le conducteur.

Le E-Tech T 780 intègre par ailleurs un arsenal complet d'aide à la conduite : rétroviseurs caméras dotées d'une vision nocturne, détecteurs de piétons et de cyclistes de chaque côté du véhicule ainsi qu'un système anti-somnolence pour surveiller la vigilance du conducteur et déceler les signes d'inattention ou de fatigue.

Mais l'enjeu dépasse le simple confort à bord, il touche aussi à la survie environnementale de la filière. Sur ce point, le discours du constructeur français est direct. "La décarbonation passera par l'électrique" tranche Stéphanie Decompois, directrice marketing et communication chez Renault Trucks France. La marque s'appuie sur dix ans d'expérience dans l'électrique et plus de 150 millions de kilomètres parcourus en conditions réelles par ses clients.  

L'électrification reste toutefois confrontée à un défi de déploiement. Renault Trucks souligne que la part de marché des poids lourds électriques tourne péniblement autour de 5 % des immatriculations neuves en France. Avec 95 % du marché roulant toujours au diesel, Renault Trucks fait preuve de pragmatisme. L'heure n'est pas encore au "tout-électrique", le temps est aujourd'hui celui du mix énergétique.

Le diesel reste un levier de décarbonation

Cette approche s’illustre en plein cœur du stand avec la présentation du nouveau bloc thermique DE13 R. Celui-ci développe jusqu'à 540 chevaux, un record de puissance pour le constructeur. Inauguré sur la série limitée à 40 exemplaires numérotée "T Ultimate", ce moteur abaisse la consommation de carburant et les rejets de CO₂ jusqu’à 4 % face à la génération précédente. 

Au delà de l'électrique, le constructeur français continue d'avancer sur le thermique qui représente encore près de 95 % du marché des poids lourd. ©JPL/LA

Au delà de l'électrique, le constructeur français continue d'avancer sur le thermique qui représente encore près de 95 % du marché des poids lourd. ©JPL/LA

"Le diesel a quand même un avenir, il n'est pas mort", rappelle Stéphanie Decompois, soulignant que même le thermique peut être décarboné. Le groupe propose également des formations à l'écoconduite afin d'aider les transporteurs à réduire leur consommation de carburant sur les motorisations diesel.

Car l'enjeu est aussi règlementaire. Pour certaines catégories de poids lourds, l'Union européenne fixe un objectif de réduction de 43 % des émissions moyennes de CO₂ des véhicules neufs à l'horizon 2030, par rapport à 2019. Ces émissions sont notamment évaluées à l'aide de l'outil de simulation VECTO avec des amendes s'élevant à plusieurs millions d'euros en cas de non-conformité. Dans ce contexte, l'électrification constitue un levier majeur, tandis que l'amélioration des motorisations thermiques contribue également à réduire les émissions.

Le TCO électrique se rapproche de celui du diesel

Pour autant, l'équation économique évolue. Longtemps moins compétitifs à l'achat et à l'exploitation, les camions électriques voient leur coût global de détention (TCO) se rapprocher de celui des modèles thermiques. L'intégration des certificats d'économies d'énergie (CEE) dans le financement de ces véhicules peut même, selon les conditions d'exploitation, faire pencher la balance en faveur de l'électrique. À cela s'ajoutent les dispositifs d'aide destinés aux transporteurs et le développement progressif des infrastructures publiques de recharge.

En combinant électromobilité, biocarburants et motorisations thermiques de pointe, Renault Trucks prouve au Mans que la transition ne relève pas d'une doctrine unique, mais sur une réponse sur-mesure adaptée à chaque usage et à chaque besoin des transporteurs.

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