Écotaxe poids lourd : le Grand Est craint pour la survie de nombreuses entreprises

Prévue initialement pour le tout début d'année 2027, elle pourrait n'arriver qu'au 1er juillet. Mais elle est toujours prévue, et elle fait grincer des dents : l'Éco-contribution poids lourds (ECPL), dite "écotaxe poids lourd", concernera 525 km de routes dans la région Grand Est, avec un coût estimé de 15 centimes d'euros par kilomètre par véhicule de plus de 3,5 tonnes.
Mardi 25 août, neuf organisations représentant l’agriculture, l’agroalimentaire et l’industrie étaient réunies à Reims lors d'une conférence. "Cette taxe était prévue pour éviter le transit sur ces routes, mais elle va pénaliser les entreprises locales. Cela va à l'encontre du concept de consommer local", déplore Sébastien Muller, représentant les ARIA du Grand Est. Un paradoxe est en effet pointé du doigt : les produits alimentaires importés pourraient être moins exposés à cette taxation que les marchandises produites localement.
Une "taxe alimentation"
La raison : toutes les entreprises de la chaîne agricole et agroalimentaire de la région seront susceptibles d'emprunter les 525 km concernés : production, collecte, transformation ou distribution. De quoi pousser les organisations à renommer l'écotaxe la "taxe alimentation". "Les coopératives seront très impactées car elles s'occupent de tous les intrants des agriculteurs, mais aussi de ce qui sort des exploitations. Des produits volumineux, pondéreux, et à faible valeur ajoutée. Car un camion rempli de betteraves n'a pas la même valeur qu'un camion rempli de smartphones", détaille Sylvain Hinschberger de la Coopérative Agricole Grand Est.
Selon les différentes organisations signataires, la facture pourrait atteindre plusieurs dizaines (voire centaines ?) de milliers d'euros pour les acteurs réalisant de nombreux trajets. Un niveau jugé particulièrement préoccupant dans des activités aux marges déjà contraintes. "Si les entreprises répercutent sur les prix, le consommateur va en pâtir. Si elles ne répercutent pas, certaines disparaitront", schématise Sébastien Muller. Soulignons qu'un actif sur vingt dans le Grand Est travaille dans le secteur agroalimentaire, soit 111 000 personnes.
Appel à la suspension de l'écotaxe PL
Une autre répercussion possible est crainte : que les entreprises cherchent, lorsque cela est possible, à éviter les axes taxés en empruntant des routes alternatives. Ce qui entraînerait un risque de report de trafic sur des infrastructures moins adaptées.
Concrètement, le collectif appelle le Conseil régional à suspendre l'écotaxe poids lourd dans le Grand Est. Il propose que le choix de cette fiscalité soit soumis au débat lors des régionales de 2028. "Il est urgent d'attendre et de ne pas aller trop loin pour ne pas pénaliser la compétitivité de nos entreprises", martèle Sébastien Muller. Le mouvement entend poursuivre sa mobilisation, avec des communications intensives. Côté agriculteurs, il n'est pas exclu d'entreprendre des actions "plus fortes".
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