L'Iricc (ex-Tiruert) pourrait défavoriser l'électrification du parc de poids lourds

Dans un courrier commun adressé au gouvernement, la Csiam, Mobilians, l'Avere, Charge France et l’Union française de l’électricité remettent en cause la transformation de la Tiruert en Iricc (Incitation à la réduction de l'intensité carbone des carburants), et surtout le mal qu'elle pourrait faire aux objectifs d'électrification du parc français de poids lourds.
Des crédits deux à quatre fois moins valorisés
En effet, les signataires du courrier craignent une "forte dévaluation" des certificats électriques. Ces crédits, actuellement de 8 centimes d'euros par kWh, pourraient tomber à 2 à 4 centimes d'euros par kWh. Pour rappel, les certificats sont générés grâce à l'électricité renouvelable fournie au secteur du transport, et revendus aux obligés. Les recettes permettent notamment de financer la transition énergétique, dont les infrastructures dédiées.
Les organisations expliquent cette projection de dévaluation des crédits : "Dans sa configuration actuelle, le dispositif ne génère pas de signal de demande en faveur de l’électricité, seul vecteur dépourvu d’objectif dédié et de mécanisme de sécurisation, et exposé à une forte variabilité de ses débouchés. Un objectif global atteignable par les seuls biocarburants confère à ces derniers une position prépondérante dans l'Iricc, conduisant à une dépréciation des certificats électriques au profit des autres vecteurs, alors même que l’équilibre économique des infrastructures de recharge n’est toujours pas atteint."
Les biocarburants trop valorisés par rapport à l'électrique
Concrètement, trois points du projet de transformation de la Tiruert en Iricc pénaliseraient la valeur des crédits électriques. D'abord, l'objectif de réduction des gaz à effet de serre, annoncé à 7,3 % en 2027. Ce dernier est "insuffisant" car "il devrait être mécaniquement atteint par les sous-objectifs d'incorporation renouvelable sur l'essence et le diesel" selon les organisations. Pas besoin – ou très peu – d'électricité, donc.
La suppression du coefficient multiplicateur x4, qui permet à l'électricité de concurrencer équitablement les biocarburants, est aussi pointée du doigt. "Sans ce coefficient, la valeur des certificats chuterait mécaniquement de 2 à 4 fois, alignant l'électricité sur les biocarburants les moins chers", déplore le courrier. Troisième point : la décroissance de la valeur du certificat, planifiée à partir de 2029 jusqu'à 50 %, pourrait "décourager durablement l'investissement privé dans les infrastructures françaises au profit d'investissements dans d’autres pays européens".
Les préconisations
Les signataires préconisent ainsi de relever l'objectif de réduction des gaz à effet de serre de 0,3 %, d'introduire un sous-mandat dédié à l’électricité, ou encore de maintenir un coefficient multiplicateur x4 pour cette énergie au sein des objectifs renouvelables. Toute décroissance de la valeur des certificats avant 2032 doit être exclue selon eux.
"Il est impératif de sécuriser, dans la durée, la demande minimale en certificats électriques en confirmant en premier lieu leur fongibilité. […] La France s’est fixée pour objectif de déployer 400 000 points de recharge d’ici 2030. Ne pas accorder la place qui est la sienne à l’électricité dans le mécanisme reviendrait à ralentir l'électrification des mobilités", concluent les signataires.
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