Camions électriques : une obligation pour les chargeurs… au coût encore modéré

C'est l'une des mesures phares du projet de loi-cadre transport porté par le ministre Philippe Tabarot : la volonté de pousser les chargeurs (donneurs d'ordre) à recourir à un minimum de camions zéros émission dans les prestations commandées.
Le texte prévoit une montée en puissance progressive. Les chargeurs devraient ainsi atteindre 2 % de prestations réalisées avec des véhicules zéro émission en 2028, 6 % en 2030, 20 % en 2033 et 30 % en 2035. Ces objectifs seraient calculés sur la base des facturations payées pour des prestations de transport public routier de marchandises.
Pour les transporteurs : débouchés des investissements et obtention de financements facilités
Mais quelles seraient les conséquences pour les parties prenantes ? Dans la longue étude d'impact de cette loi-cadre, une vingtaine de pages est consacrée à cette mesure spécifique. Pour les transporteurs, d'abord, cette mesure permettra "des débouchés pérennes à l’utilisation de leurs véhicules à émission nulle" et "facilitera, par les garanties apportées en termes de contrats de transport dédiés, l’octroi de financements bancaires à l’acquisition, aujourd’hui difficiles à mobiliser".
Une telle initative favoriserait un meilleur partage des coûts de la transition écologique entre transporteurs et donneurs d’ordre, les premiers pouvant imposer une répercussion sur les prix des prestations de transports réalisées avec les camions électriques.
"Enfin, le développement des poids lourds électriques apporte également une qualité d’usage pour les conducteurs, de nature à renforcer l’attractivité des métiers dans un secteur en tension en termes de recrutements", ajoute l'étude d'impact.
Pour les chargeurs : un surcoût entre 0,05 % et 2 % en 2027
Du côté des chargeurs, la principale question reste évidemment celle du coût. Aujourd’hui, le prix d’acquisition d’un camion électrique est nettement supérieur à celui d’un modèle thermique équivalent : il est généralement estimé entre deux et trois fois plus élevé, soit un surcoût compris entre 100 % et 200 %. Toutefois, selon l’étude d’impact, les aides publiques et le coût plus faible de l’énergie permettent de réduire cet écart lorsqu’on raisonne au kilomètre. Au final, le surcoût kilométrique d’un poids lourd électrique serait compris entre 5 % et 20 % par rapport à un véhicule diesel.
Pour les chargeurs, s'ils sont forcés d'utiliser 1 % de camions électriques en 2027, le surcoût de facturation sur la totalité des prestations de transports facturées serait donc compris entre 0,05 % et 0,2 %. Cela représenterait, à l'échelle nationale, un surcoût compris entre 9 et 38 millions d'euros pour la totalité des entreprises concernées. Un impact jugé limité, donc. Pour les années suivantes, il faudrait revoir le surcoût d'un camion électrique par rapport à un thermique pour reprendre ces calculs.
Rappelons cependant que l'obligation est surtout incitative, car aucune pénalité financière n'est prévue dans ce projet de loi-cadre. En revanche, les chargeurs auront l'obligation de déclarer leurs résultats chaque année. Le projet de loi-cadre mise donc sur une pression de réputation. Il n'est pas exclu que des sanctions soient prévues a posteriori.
Seuls les "gros" chargeurs concernés
Enfin, notons également que tout le monde ne sera pas concerné. L'obligation sera imposée aux donneurs d'ordres avec un chiffre d'affaires annuel excédant 50 millions d’euros (ou un total de bilan excédant 43 millions d'euros) et comptant au moins 250 salariés, et dont la facturation totale payée de prestations de transport public routier de marchandises excède un montant qui sera fixé par décret. Les commissionnaires de transport avec un CA lié de plus de dix millions d’euros seront aussi concernés.
Et pour les constructeurs et les clients finaux ?
La mesure doit aussi aider les constructeurs à atteindre les objectifs européens de réduction d’émissions. Enfin, pour le consommateur final, l'impact financier de cette règle imposée aux chargeurs est jugé "particulièrement réduit".
Pour 1 % de prestations de transport réalisées par des véhicules à émission nulle (objectif 2027), le surcoût du coût du transport prévu (comme vu précédemment) est de 0,05 à 0,2 %. "Considérant que la part du transport sur le prix des produits à destination des consommateurs est inférieure à 5 % pour une très grande majorité des biens, on peut estimer l’impact sur le coût de revient du produit transporté, pour le consommateur, entre 0,0025 % et 0,01 %", calcule l'étude d'impact. Des cas "extrêmes" pourraient amener cette hausse à 0,03 %. À voir dans les faits…
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