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Vers un déploiement plus progressif des poids lourds "zéro émission" ?

Publié le 1 juillet 2024

Par Mohamed Aredjal
3 min de lecture
Le verdissement du parc de poids lourds européen s’annonce plus long que prévu selon l’étude Vision’Air. Réalisé par la FFC avec le cabinet BDO, ce rapport estime que les motorisations "zéro émission" ne concerneront que 35 à 40 % des ventes de véhicules neufs à horizon 2030. Un chiffre inférieur aux prévisions des principaux constructeurs.
Atteindre 35 à 40 % des ventes neuves "zéro émission" en Europe en 2030 suppose tout d’abord une baisse du prix d’acquisition de ces motorisations. ©Daimler Truck

Depuis quelques années, bon nombre de constructeurs de poids lourds affichent l’ambition de vendre au moins 50 % de camions "zéro émission" (électrique et hydrogène) à l'horizon 2030. Un objectif optimiste, peut-être trop selon la dernière étude Vision’Air, menée par la FFC et le cabinet BDO.

Couvrant toute l’Europe (31 pays), ce rapport nous apprend que 35 % à 40 % des ventes de véhicules industriels (+3,5 tonnes) concerneront des motorisations zéro émission. En effet, si l’évolution du marché devrait rendre ces nouvelles technologies plus accessibles, BDO considère que les BEV en longue distance et les PAC conserveront des TCO supérieurs aux autres motorisations.

L’étude Vision’Air se montre toutefois rassurante pour les constructeurs, estimant que le mix-motorisations permettra malgré tout de respecter l’objectif de 45 % de réduction des émissions CO2 fixé par la Commission européenne.

Notons également que le marché contribuera positivement au respect de ces objectifs puisque BDO y vise 26 500 ventes de poids lourds électriques et une part de marché plus élevée que la moyenne européenne (49 % à 53 %).

Des alternatives à l’électrique et à l’hydrogène

Pour établir ses prévisions, BDO a réuni un consortium de différents acteurs du marché (constructeurs, énergéticiens, équipementiers, transporteurs, etc.) pour avancer sur plusieurs hypothèses.

Dans le détail, BDO juge que les poids lourds zéro émission devraient représenter 120 à 130 000 unités en 2030. Il s’agira principalement de véhicules électriques à batteries (environ 115 000), tandis que l’hydrogène restera encore marginal (10 000 véhicules).

À leurs côtés, le cabinet table donc sur le développement d’autres motorisations alternatives au diesel avec l’hybride (111 000 ventes), le gaz (77 000), et le biodiesel (12 600 ventes) qui viendraient compléter le panorama.

Quant au gazole, sa part de marché devrait chuter d’environ 90 % pour passer sous le seuil des 30 000 immatriculations.

Des prérequis indispensables

Pour BDO, ce mix-motorisations ne sera possible que dans le cadre d’un écosystème "propice". Première condition : une baisse du prix d’acquisition de ces technologies, qui pénalise pour le moment leur TCO. L’étude évalue que le prix des batteries électriques diminuera de 42 % en moyenne par rapport à aujourd’hui.

"Mais une baisse plus rapide permettrait une diffusion plus importante sur le marché", note BDO.  Même constat pour la pile à combustible dont le coût pourrait être divisé par 2 à horizon 2030, tout en restant toutefois 1,5 à 2 fois supérieur à toutes les motorisations.

Pour faciliter les investissements nécessaires à cette transition énergétique, BDO fait également des leviers fiscaux (à l’achat et à l’usage) un prérequis indispensable à l’essor de ces technologies. Ces incitations publiques, associées à une baisse du coût de revient des bornes de recharge, devront également favoriser une baisse du prix de l’électricité et de l’hydrogène "vert". Le cabinet vise une diminution respective de 14 % et de 17 %.

Dernière condition prise en compte par BDO : des infrastructures énergies suffisantes pour permettre le développement du marché. Pour l’électrique à batteries, 500 000 bornes au dépôt et en itinérance seront notamment nécessaires sur le Vieux Continent.

Des incertitudes fortes sur les politiques environnementales

Avec cette Vision’Air, la FFC entend proposer une vision rationnelle et indépendante du mix-motorisations, afin d’éclairer les acteurs de la filière dans leurs prises de décision. "Cette étude n’est pas un signal d’alarme mais une aide pour les professionnels du transport", confirme Patrick Cholton, président du salon Solutrans.

Mais cet exercice prospectif reste évidemment dépendant de l’évolution d’un grand nombre de facteurs, à commencer par les aspects réglementaires. Exemple : la Commission européenne, qui ne tient compte que des émissions émises du réservoir à la roue, pourrait changer son approche, ce qui rendrait certaines motorisations, dont le gaz, plus attractives.

A lire aussi : La vérité sur les camions électriques

"Si tel était le cas, cela modifierait sensiblement les résultats Vision’Air de 2030", conclut BDO.

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