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Télépéage : un marché transformé par les taxes carbone

Publié le 18 août 2026

Par La rédaction
8 min de lecture
Le télébadge n'est plus seulement un outil de paiement des péages. Avec la multiplication des taxes CO2 sur les poids lourds en Europe, il devient un maillon essentiel de leur collecte. Une évolution qui pousse les sociétés de télépéage à renforcer l'interopérabilité de leurs boîtiers et à développer de nouveaux services numériques destinés aux transporteurs.
Les nouvelles taxes kilométriques et carbone déployées en Europe renforcent le rôle des boîtiers de télépéage, désormais indispensables pour circuler sur un nombre croissant de réseaux routiers. ©AS 24

Initialement dédiés au franchissement des barrières de péage et au règlement des redevances autoroutières, les badges de télépéage jouent aujourd'hui un rôle croissant dans la perception des taxes kilométriques liées aux émissions de CO2. Après l'Allemagne et l'Autriche, qui ont intégré une composante carbone à leurs péages poids lourds, puis la Suisse, plusieurs pays européens poursuivent dans cette voie. Aux Pays-Bas, le nouveau système de péage PL entrera en vigueur le 1er juillet 2026 et prendra notamment en compte la catégorie environnementale des véhicules.

En France, la taxe poids lourds R-Pass sera déployée en Alsace à compter du 1er janvier 2027, avant une extension progressive au reste du Grand Est. Dans ce contexte, les boîtiers de télépéage, dotés de modules GNSS de géolocalisation et de télécommunication, permettent de suivre les kilomètres parcourus sur les réseaux concernés afin de calculer et collecter les taxes applicables.

Les télébadges homologués aux Pays-Bas

L'entrée en vigueur du nouveau péage kilométrique néerlandais mobilise l'ensemble des sociétés européennes de télépéage (SET). Celles-ci ont engagé les procédures nécessaires afin de faire homologuer leurs équipements auprès des autorités compétentes. AS 24 a été le premier acteur à obtenir la certification de son boîtier Passango auprès de la RDW, l'organisme chargé de superviser le futur système de péage néerlandais. "Cette extension de l'interopérabilité du Passango au réseau à péage hollandais répond au besoin des clients français comme internationaux d'unifier le règlement des péages et des taxes carbone au sein d'un même badge et d'une même offre. Aux Pays-Bas comme dans les autres pays, AS 24 sera en charge de collecter le paiement de la taxe pour le compte de l'organisme RDW", précise Cédric Amiot, responsable communication et RSE d'AS 24.

Les autres opérateurs ont rapidement suivi. Chez Axxès, les derniers tests sont en cours. "Nous démarrons actuellement les tests en conditions réelles avec une flotte de poids lourds qui circulent aux Pays-Bas. La certification est prévue très prochainement, ce qui nous permettra d'être prêts pour le lancement de la taxe au 1er juillet. À noter également que notre boîtier collectera, dès cette même période, le péage du tunnel néerlandais Blankenburg à l'ouest de Rotterdam", indique Frédéric Lepeintre, président d'Axxès.

Pour accompagner ce nouveau marché, le fournisseur a développé trois formules commerciales autour de son télébadge C'Moov : une solution Europe destinée aux transporteurs internationaux ; une formule transfrontalière ciblant notamment les flux entre la Belgique, l'Allemagne et les Pays-Bas ; ainsi qu'une offre spécifique pour les opérateurs réalisant exclusivement des trajets nationaux néerlandais.

Au-delà du paiement des péages, les télébadges de dernière génération permettent aujourd'hui de collecter les taxes poids lourds, de géolocaliser les véhicules et d'accéder à de nombreux services de gestion de flotte. ©Adobestock

Au-delà du paiement des péages, les télébadges de dernière génération permettent aujourd'hui de collecter les taxes poids lourds, de géolocaliser les véhicules et d'accéder à de nombreux services de gestion de flotte. ©Adobestock

Eurotoll se prépare également à l'échéance. "Le péage satellitaire néerlandais, qui concernera l'ensemble des véhicules de plus de 3,5 tonnes et s'appliquera sur la quasi-totalité des autoroutes néerlandaises ainsi que sur certaines routes secondaires, reposera sur une facturation au kilomètre parcouru, avec une tarification calculée notamment selon le poids du véhicule et sa classe Euro/CO2. Dans ce cadre, les boîtiers satellitaires Lumesia 1 seront compatibles dès l'entrée en vigueur du dispositif. Nous pouvons également accompagner dès à présent les transporteurs dans les préinscriptions pour ce futur réseau", explique un porte-parole d'Eurotoll. Chez Négométal, l'intégration du réseau néerlandais au sein du télébadge NegoRoad est également programmée avant juillet 2026. "C'est une évolution stratégique majeure, car les Pays-Bas représentent un axe logistique clé en Europe du Nord, avec des flux importants vers les ports et les hubs internationaux. Notre offre de télépéage européen permettra désormais de couvrir 19 réseaux européens dans 17 pays avec un seul et unique badge", souligne Nadi Kanaan, directeur général de Négométal.

Les grands acteurs européens sont eux aussi déjà positionnés. L'italien Telepass a obtenu dès avril dernier la certification de son badge Telepass SAT K1 sur le réseau néerlandais. UTA Edenred indique que son boîtier One Next est prêt pour le lancement du dispositif. Chez DKV Mobility, les clients peuvent déjà intégrer la future taxe néerlandaise à leur DKV Box via le portail DKV Cockpit. Enfin, la RDW annonce l'arrivée prochaine de trois autres SET : Eurowag, Toll4Europe et Tolltickets.

Les set se préparent à R-Pass

Si les Pays-Bas concentrent actuellement l'attention des opérateurs européens, la future taxe R-Pass constitue le principal chantier des acteurs français. Cette taxe vise notamment à limiter le report de trafic observé sur l'A35 depuis le renforcement de la fiscalité des poids lourds en Allemagne. Selon les estimations de la Collectiv ité européenne d'Alsace, plusieurs milliers de camions supplémentaires emprunteraient chaque jour cet axe pour éviter les surcoûts appliqués outre-Rhin. Le montant de R-Pass dépendra notamment de la catégorie Euro du véhicule, de son poids et du nombre de kilomètres parcourus sur le réseau concerné. Les recettes générées doivent contribuer au financement des infrastructures routières locales, fortement sollicitées par le trafic de transit.

Dans ce dispositif, les sociétés de télépéage joueront un rôle clé. Elles assureront la collecte de la taxe pour le compte de R-Pass Opérateur, la société chargée d'exploiter le système. Les données de géolocalisation issues des télébadges permettront d'identifier les kilomètres parcourus sur le réseau taxable et de calculer les montants dus. Eurotoll prévoit ainsi d'intégrer R-Pass à son boîtier Lumesia 1.

"Le service sera intégré au service France (TIS-PL), avec une facturation distincte. La détection des trajets s'effectuera via GNSS, et le contrôle via des appareils qui interrogeront à distance les télébadges grâce à la technologie DSRC. Le calcul du montant de la taxe se basera ensuite sur les kilomètres parcourus par le camion, sa classe Euro et son poids, en tenant compte d'éventuelles modulations selon les horaires", explique l'entreprise. Même mobilisation chez AS 24, Négométal et Axxès, qui travaillent actuellement à l'intégration de R-Pass dans leurs offres nationales.

Des boîtiers toujours plus interopérables

L'extension de la couverture géographique constitue aujourd'hui l'un des principaux axes de développement des SET. Certaines revendiquent désormais une présence dans 19 pays ou sur des réseaux à péage grâce à un seul équipement embarqué. Après avoir largement couvert l'Europe occidentale, les fournisseurs concentrent leurs efforts sur les pays d'Europe centrale et orientale, qui adoptent progressivement le système européen de télépéage EETS (European Electronic Toll Service).

Les réseaux de Slovénie, de République tchèque, de Slovaquie ou de Croatie figurent parmi les priorités actuelles des opérateurs. "Les pays de l'Est ont vu ces derniers temps un afflux de camions qui empruntent leurs réseaux routiers pour contourner l'Allemagne ou l'Autriche et éviter les surtaxes liées aux émissions de CO2. Beaucoup y voient une opportunité de recettes supplémentaires et accélèrent en conséquence la mise en place du système européen de télépéage", observe Cédric Amiot. Cette stratégie répond à la logique même du modèle économique des SET : proposer aux transporteurs une solution capable de couvrir le plus grand nombre possible de réseaux européens à travers un équipement unique.

Pour les transporteurs internationaux, l'objectif est clair : limiter le nombre de boîtiers embarqués dans les véhicules tout en simplifiant la gestion administrative des péages et des taxes kilométriques. L'élargissement de cette couverture permet également aux fournisseurs de conquérir de nouveaux marchés auprès des transporteurs d'Europe centrale et orientale, particulièrement actifs sur les flux internationaux.

Le badge 4G devient la norme

L'évolution technologique des télébadges est aujourd'hui largement dictée par la disparition progressive des réseaux mobiles de deuxième génération. Les opérateurs télécoms ont en effet engagé l'arrêt de la 2G, dont la disparition complète est attendue en France d'ici la fin 2026. À plus long terme, les réseaux 3G suivront le même chemin. Les fournisseurs de solutions de télépéage ont donc dû adapter leurs équipements pour garantir la continuité du service. Certains avaient anticipé cette évolution depuis plusieurs années. Les boîtiers Passango d'AS 24, One Next d'UTA Edenred, Telepass SAT ou Lumesia 1 d'Eurotoll sont déjà compatibles avec les réseaux 4G depuis près de quatre ans.

Pour les autres acteurs, le renouvellement des équipements s'est accéléré. Axxès a lancé son nouveau boîtier C ’Moov l'an dernier. DKV Mobility a commencé à déployer la nouvelle génération de DKV Box compatible 4G à la fin 2025. Négométal a suivi la même trajectoire avec son télébadge NegoRoad. Selon les différents fournisseurs interrogés, la majorité des flottes a déjà effectué sa migration vers les nouvelles générations d'équipements.

Les sociétés de télépéage étendent l'interopérabilité de leurs boîtiers et enrichissent leurs offres afin de répondre aux nouveaux besoins des transporteurs. ©Adobestock

Les sociétés de télépéage étendent l'interopérabilité de leurs boîtiers et enrichissent leurs offres afin de répondre aux nouveaux besoins des transporteurs. ©Adobestock

Le calendrier varie selon les opérateurs télécoms. Orange a déjà procédé à l'arrêt de la 2G dans plusieurs départements du Sud-Ouest, et prévoit l'extinction du réseau d'ici décembre 2026. Chez SFR et Bouygues Telecom, la bascule vers les technologies plus récentes interviendra entre la mi-novembre et la mi-décembre 2026. La disparition de la 3G est quant à elle programmée entre fin 2028 et fin 2029 selon les opérateurs.

Au-delà de la simple compatibilité avec les réseaux mobiles, ces nouveaux télébadges apportent également des performances accrues. Les débits plus élevés facilitent la transmission des données, tandis que les capacités de traitement et de géolocalisation gagnent en précision. Un atout important pour les futures taxes kilométriques reposant sur les technologies GNSS.

La gestion de flotte pour réduire les coûts

Forts de leurs nouveaux équipements embarqués, les opérateurs développent aussi une gamme croissante de services. Dans un contexte marqué par la hausse persistante des coûts d'exploitation (carburant, péages, fiscalité, maintenance…), les fournisseurs cherchent à positionner leurs solutions comme des outils d'optimisation économique. Au-delà des remises accordées sur certains réseaux à péage, qui peuvent atteindre jusqu'à 13 % selon les opérateurs et les pays concernés, les offres s'enrichissent progressivement de services de gestion de flotte fondés sur la géolocalisation et l'exploitation des données remontées par les véhicules.

Ces fonctionnalités sont parfois directement intégrées aux télébadges de dernière génération, ou accessibles via des boîtiers télématiques complémentaires. Elles permettent aux exploitants de suivre leurs véhicules en temps réel, d'analyser les parcours réalisés, d'optimiser les tournées ou de réduire les kilomètres à vide. Certaines solutions proposent également des outils de maintenance préventive capables d'anticiper certaines opérations d'entretien et de limiter les immobilisations non planifiées. UTA Edenred a ainsi intégré à son offre One Next la solution télématique SmartConnect, qui fournit aux gestionnaires une vision consolidée des données de flotte.

DKV Mobility propose des fonctionnalités comparables grâce à l'association de sa DKV Box et de son boîtier télématique DKV Live. Eurotoll a, pour sa part, structuré son offre autour de quatre modules complémentaires baptisés Geo, Krono, Eco et Opti. Ces services exploitent les données collectées par le boîtier Lumesia 1 afin de proposer des outils de géolocalisation, de planification des tournées, de gestion sociale ou d'analyse de la performance opérationnelle.

Des services digitaux renforcés

Au-delà de la gestion de flotte, les fournisseurs investissent également dans le développement de plateformes numériques destinées à simplifier le quotidien des transporteurs et à accélérer la digitalisation de leurs processus administratifs. Chez Axxès, le portail Lucy continue de s'enrichir. L'entreprise y a notamment intégré la collecte des données du chronotachygraphe et propose désormais un simulateur de coûts de péage permettant d'estimer les dépenses autoroutières d'un trajet avant son exécution. Les exploitants peuvent ainsi comparer plusieurs itinéraires et anticiper l'impact des péages sur la rentabilité d'une mission de transport.

De son côté, DKV Mobility est allé plus loin en lançant, à l'automne 2025, un TMS accessible en mode SaaS depuis le cloud. Cette solution vise principalement les petites et moyennes entreprises de transport encore peu équipées en outils numériques. Le logiciel permet notamment de gérer les ordres de transport, de planifier les missions, de transmettre les feuilles de route aux conducteurs via l'application DKV App et de récupérer les documents nécessaires à la facturation des opérations.

AS 24 prépare également une montée en gamme de son offre de services. L'entreprise travaille au développement d'une formule premium intégrant davantage d'outils d'analyse et de pilotage des dépenses de péage. Cette nouvelle offre devrait notamment proposer des interfaces API destinées à faciliter l'intégration des données Passango dans les logiciels de gestion du transport utilisés par les entreprises. Elle inclura également des fonctionnalités permettant de simplifier le transfert des télébadges entre différentes agences d'un même groupe de transport. À mesure que les taxes kilométriques et carbone se multiplient en Europe, le télébadge s'impose progressivement comme bien plus qu'un simple moyen de paiement des péages.

par Renaud Chasle

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