La hausse du prix des énergies relance l’urgence des carburants alternatifs dans le transport routier

"L'impact du conflit en Iran cumule trois canaux majeurs : un choc d'offre avec le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel passe 20 % du gazole et du GNL mondial ; la destruction d'infrastructures ; et les risques géopolitiques, d'expansion régionale et de blocage prolongé." En introduction, Mickaële Le Ravalec, directrice économie et veille d'IFP Energies Nouvelles, ne rassure pas.
La conséquence, on la connait : le prix du pétrole a fortement augmenté, passant d'à peine 75 dollars le baril à quelque 110 dollars en ce moment. Les répercussions sont particulièrement fortes sur le kérosène (utilisé en aviation) et le diesel, ce qui rejaillit sur les finances des transporteurs routiers.
"Le prix du gaz augmente aussi, mais de façon moindre par rapport au début de la crise en Ukraine par exemple. Actuellement, les pays asiatiques sont les plus impactés", ajoute Mickaële Le Ravalec. Le gaz est tout de même passé de 30 euros/MWh au double. Mais on est loin des quelque 300 euros/MWH atteints au début de la crise russo-ukrainienne.
De graves conséquences si le conflit dure jusqu'à l'été
Mais pour ces deux énergies, la situation pourrait vite s'empirer si le conflit persiste. La France puise dans son surplus de gaz, qui devrait être consommé d'ici la fin avril. "Ensuite, les prix augmenteront plus fortement. Il y aura dans tous les cas des tensions jusqu'à la fin d'année 2026, avec un prix avoisinant les 80 euros/MWh, prévoit la directrice économie et veille d'Ifpen. Mais il pourrait monter à plus de 100 euros/MWH, voire 200 euros, si le conflit perdure au-delà de l'été."
Pour le pétrole, une inflation dépassant les 130 dollars le baril est possible, ce qui se traduirait à la pompe par un coût supérieur à 2,20 euros le litre de gazole. "Les conséquences indirectes seraient une augmentation du prix de l'électricité et des intermédiaires pétrochimiques, mais aussi un risque de relance de l'inflation", craint Mickaële Le Ravalec.
La France doit se sortir de sa dépendance aux énergies fossiles
Face à cette dépendance pour les énergies fossiles, qui représente par exemple 90 % de l'énergie consommée dans les transports, Ifpen mise sur le déploiement des carburants liquides durables. Autrement dit, des biocarburants de deuxième génération. "Trois filières se développent et sont complémentaires : la filière lipidique, qui travaille sur huiles usagées ; les ressources en biomasse solide (résidus agricoles, déchets…) ; et les e-fuels (électro-carburants)", liste Raphaël Huyghe, directeur du centre de résultats Produits énergétiques.
Si les coûts des carburants liquides durables sont encore bien supérieurs aux énergies fossiles, la France a des atouts selon Ifpen, en termes de ressources et de compétences, par exemple. "Il va falloir favoriser ce développement en structurant les filières d'approvisionnement, sécurisant les investisseurs, et proposant des mécanismes d'aides fiscales", ajoute Raphaël Huyghe.
A terme, les poids lourds sont voués à être électrifiés selon Ifpen, ce qui sera plus compliqué pour l'aviation et le maritime. Ainsi, l'aviation devrait, à terme, avoir la priorité sur ces carburants liquides décarbonés. "Mais dans un premier temps, ce sera sans doute plus pour le transport routier de marchandises, dans l'attente de coûts plus abordables de l'électrique", conclut Raphaël Huyghe.
Sur le même sujet
