Hyvolution Paris 2026 : l'hydrogène face à l'épreuve du réel

Pour ses dix ans, Hyvolution voit les choses en grand. Le salon dédié à l’hydrogène ouvre ces portes mardi 27 janvier 2026 pour trois jours, au pavillon 1 de Paris Porte de Versailles.
Les organisateurs ont profité de cette édition anniversaire pour dévoiler une programmation dense et tournée vers l’avenir. "Ce qui nous intéresse, ce sont surtout les dix années à venir, et pas vraiment les dix ans passés", a déclaré Raphaël Goerens, président d’Hyvolution Paris, en préambule de la conférence.
En une décennie, l’événement a contribué à structurer une filière encore émergente. Alors que la première édition, en 2016, avait réuni près de 40 exposants, plus de 400 exposants sont attendus pour cette édition 2026, dont 40 % d’acteurs internationaux.
Au total, 65 pays seront représentés et 12 pavillons internationaux déployés, illustrant la dimension mondiale prise par le salon depuis sa création. "Ces indicateurs traduisent une réalité économique claire : après une phase d’anticipation, la filière entre dans un temps long, où seuls les projets les plus structurés, financés et adossés à des débouchés réels poursuivent leur développement", constate Raphaël Goerens.
Des usages concrets au cœur du salon
Pour accompagner cette évolution, Hyvolution innove avec un parcours structuré autour de six grandes thématiques, couvrant l’ensemble des usages de l’hydrogène : industrie (engrais, acier), infrastructures lourdes, ainsi que mobilité terrestre, maritime et aérienne. Une scène principale de 150 places, accessible librement, réunira près de 60 intervenants internationaux issus de 15 pays.
En parallèle, le salon consacrera pour la première fois un espace à l’hydrogène naturel, avec une dizaine d’entreprises invitées à prendre la parole. Objectif : démontrer l'utilité de l'hydrogène et lever les freins à son déploiement. "Hyvolution Paris est un événement qui couvre toute la chaîne de valeur de l’hydrogène, de la production aux usages. Nous sommes aussi là pour favoriser l’émergence de la demande afin de nourrir l’ensemble de cette chaîne", explique le président.
Le salon ne se limite donc plus à un cadre hexagonal, mais s’affirme comme un véritable carrefour économique international. "À Hyvolution, on ne juxtapose pas des conférences. On aborde les sujets tels qu’ils se posent sur le terrain, au moment où les décisions doivent être prises", souligne Pierre Buchou, directeur du développement d’Hyvolution.
Beaucoup de discussions, peu de décisions
Cette approche fait écho aux interrogations actuelles de la filière. Pour Nicolas Brahy, président de France Hydrogène, l’enjeu est désormais de transformer les ambitions en actions concrètes. Dès le début de sa prise de parole, il a pointé ce qu’il qualifie de "paradoxe français". "D’un côté, la France s’est positionnée très tôt sur l’hydrogène, a promis beaucoup, et les élus comme les territoires sont très mobilisés. Pourtant, elle hésite, prend du retard. Les projets ont été promis et tardent à se concrétiser", déplore-t-il.
Les conséquences de cette indécision sont multiples : décisions d’investissement retardées, équipementiers fragilisés et perte de compétitivité face à d’autres régions du monde plus offensives.
Malgré ces freins, Nicolas Brahy refuse de considérer l’investissement dans l’hydrogène comme une erreur. En cinq ans, près de 110 milliards d’euros ont été investis dans le monde, signe d’un intérêt durable pour cet élément chimique. Dans plusieurs secteurs, ses usages sont désormais jugés incontournables en matière de décarbonation, de réindustrialisation et de souveraineté énergétique.
Une utilité déjà prouvée sur le terrain
Dans les raffineries, le remplacement de l’hydrogène fossile par de l’hydrogène bas carbone constitue un levier identifié de décarbonation, alors qu’une tonne d’hydrogène gris génère environ neuf tonnes de CO₂.
Dans l’industrie lourde, aucune alternative crédible n’existe aujourd’hui pour la production d’engrais azotés ou d’acier bas carbone. Un enjeu stratégique, notamment dans le cadre de la directive européenne RED III et de la souveraineté industrielle, alors qu’en 2025, 24 % des engrais européens ont été importés directement de Russie.
L’hydrogène joue également un rôle clé dans les carburants de synthèse pour l’aviation et le maritime (e-SAF, e-kérosène, e-méthanol, e-ammoniac). Si les cadres réglementaires commencent à se structurer, les projets doivent désormais passer à l’échelle. Dès 2026, le plus grand électrolyseur d’Europe sera déployé en France, tandis que plusieurs infrastructures de 100 à 200 MW sont en préparation.
Autre usage stratégique : la sidérurgie. Remplacer le charbon par de l’hydrogène dans la production d’acier constitue aujourd’hui la seule alternative crédible pour décarboner l’activité. La Suède a lancé un plan d’acier vert à plusieurs milliards d’euros, tandis que la France vise un déploiement similaire avec le projet Gravity. Dans ce secteur toutefois, le cadre réglementaire peine encore à se mettre en place.
Hyvolution, carrefour des décisions à venir
En parallèle, l’usage de l’hydrogène dans la mobilité terrestre a constitué "la plus grande déception de 2025", selon Nicolas Brahy, marqué par des doutes et un "changement d’avis à mi-chemin". "Cela ne signifie pas que la mobilité hydrogène a disparu, mais qu’il faut remettre la stratégie sur pied et se concentrer davantage sur la mobilité lourde", insiste-t-il.
Après une première génération de projets jugée expérimentale, la filière espère désormais voir émerger une seconde phase plus ciblée, mieux structurée et économiquement viable, notamment pour le transport routier lourd et les usages intensifs.
Plus qu’un simple salon, Hyvolution Paris s’impose comme un moment clé pour une filière hydrogène confrontée à l’épreuve du réel. Un rendez-vous où les discours devront laisser place aux choix structurants et aux projets concrets.
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