Le pari de Manuel Marielle (Renault Trucks) : faire du réseau le moteur de l'électrification

Pour le nouveau directeur général de Renault Trucks France, l'électromobilité ne se résume pas à un changement de motorisation. Manuel Marielle prône une approche globale de l'électrification du parc de véhicules industriels. Entré en fonction le 8 juin 2026, en remplacement de Christophe Martin, le nouveau dirigeant s'appuie sur près de trente années d'expérience au sein du constructeur.
"Mon parcours professionnel a vraiment été façonné par le groupe, au sein duquel j'ai exercé plusieurs métiers. C'est ce qui caractérise mon parcours", précise le responsable. De cette expérience, il tire une connaissance approfondie des attentes des transporteurs, des technologies appliquées aux poids lourds ainsi que des réalités économiques de leur production et de leur exploitation.
Des finances aux achats, de la France à l'Amérique
Chez Manuel Marielle, Renault Trucks est aussi une histoire familiale. Né à Bourg-en-Bresse (01), à proximité du site industriel de la marque, il est le fils d'un ancien salarié de Berliet. Son père a travaillé successivement à Vénissieux (69), à Bourg-en-Bresse puis en Algérie. Après une formation en gestion-finance, Manuel Marielle débute sa carrière dans la gestion pétrolière à l'international avant de rejoindre Renault VI – devenu Renault Trucks en 2001 – en 1999.
Depuis, son parcours reflète la diversité des métiers du constructeur. Finance, production, achats, développement produit ou encore responsabilités internationales : il aura occupé de nombreuses fonctions en France, en Suède puis en Amérique du Nord. Une diversité d'expériences qui lui a permis de mieux appréhender les attentes des clients comme les enjeux industriels.
"L'électrique est au cœur de nos enjeux d'ici à 2030. Il s'agit d'abord d'une conviction du groupe, développe Manuel Marielle. Alors que l'industrie du transport représente 7 % des émissions de CO₂, nous voulions être force de proposition. Nous avons donc été les premiers à lancer des véhicules industriels électriques en France en 2020."
Une ambition qui, selon lui, rejoint les attentes des collaborateurs du groupe mais aussi de nombreux partenaires, lesquels investissent eux aussi dans des équipements et des bâtiments plus sobres afin d'accompagner cette transition.
Associer les investisseurs privés du réseau
À l'origine de la création de la business unit dédiée à la gamme intermédiaire de Renault Trucks, qu'il dirige à partir de 2021, Manuel Marielle possède une vision précise des leviers de développement de la marque. Cette activité regroupe notamment les modèles D et D Wide destinés à la distribution urbaine et à diverses applications spécialisées, comme les véhicules des collectivités ou des services d'incendie et de secours. Ces modèles, particulièrement concernés par l'électrification, sont produits sur une ligne dédiée à Blainville-sur-Orne (14), première usine européenne à fabriquer des poids lourds électriques en série.
Cette expérience l'a naturellement conduit à prendre la tête du marché français. Depuis son arrivée, sa priorité consiste à bâtir la feuille de route 2026-2030 en associant étroitement les investisseurs privés du réseau Renault Trucks. "Je passe beaucoup de temps à les rencontrer pour comprendre leurs problématiques et construire notre stratégie avec eux", explique-t-il.
Le dirigeant considère les 310 points de service du réseau comme l'un des principaux atouts de Renault Trucks. Grâce à ce maillage territorial, le constructeur entend rassurer les transporteurs au moment de franchir le pas de l'électrique. "Ce réseau permet d'accompagner nos clients lorsqu'ils peuvent ressentir une forme d'anxiété au moment de passer à l'électrique. Nous voulons qu'ils sachent qu'en cas de difficulté, ils pourront toujours compter sur nous."
Un réseau formé pour accompagner la transition
Pour Manuel Marielle, il n'est pas question de réduire le réseau, contrairement aux choix opérés par certains constructeurs. Au contraire, celui-ci doit devenir le premier relais de proximité auprès des clients. Jusqu'à présent, cet accompagnement reposait principalement sur les équipes centrales de Renault Trucks. Désormais, les membres du réseau sont appelés à jouer un rôle de premier plan, avec toutes les compétences nécessaires pour accompagner leurs clients dans cette évolution.
Cette montée en puissance s'appuie notamment sur un important programme de formation. Renault Trucks a ainsi fait certifier l'ensemble de ses points de service français par Dekra, selon un cahier des charges défini par le constructeur. L'organisme atteste que chacun d'eux est en mesure d'assurer l'entretien et la maintenance des véhicules industriels de la marque. À eux désormais de porter également les dispositifs d'accompagnement sur mesure proposés aux clients.
L'électrification constitue ainsi l'axe central du mandat de Manuel Marielle. Renault Trucks ambitionne de porter à 30 % la part des poids lourds électriques dans ses ventes d'ici à 2030. La proportion devrait être encore plus élevée sur le segment des véhicules utilitaires, grâce à des investissements qui resteront soutenus.
Les atouts du groupe Volvo
Entre 2020 et 2025, le groupe Volvo a consacré 600 millions d'euros à la recherche et au développement. Un effort qui sera reconduit sur la période 2026-2030. Pour Manuel Marielle, cette appartenance constitue un avantage décisif.
La mutualisation de certaines technologies permet en effet de partager les coûts de développement. Sans elle, ces investissements seraient, selon lui, près de trois fois plus importants. Cette organisation contribue également à maintenir en France une large partie des activités de développement et de production des véhicules industriels.
Pour Manuel Marielle, l'électromobilité ne se limite donc pas à une évolution technologique. Elle marque une transformation durable du transport routier. Et c'est sur la proximité de son réseau que Renault Trucks entend bâtir cette nouvelle étape de son développement auprès des transporteurs.
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