Un café avec… Téo Calvet, champion de France camions 2025

JPL : Trois victoires consécutives sur le circuit des 24 Heures Camions, c'est une performance rare. Comment avez-vous vécu ce week-end exceptionnel ?
Téo Calvet : Le Mans, c'est l'évènement de l'année. Il y a le public, l'ambiance, et maintenant une course de nuit, ce qui rend l'expérience encore plus incroyable. Gagner pour la troisième fois ici, c'est fort, à la fois personnellement et professionnellement, car c'est le Grand Prix qui offre la plus grande visibilité et qui fait le plus de bruit. On en avait beaucoup parlé avant le week-end : on jouait gros, entre le prestige du Mans et le classement général. Mais on a pris le risque… et on a tout gagné ! C'est une immense satisfaction d'avoir réussi ce pari.
Vous avez déclaré que la course s'était déroulée sans encombre malgré la pression. Qu'est-ce qui fait, selon vous, la différence dans un championnat aussi serré ?
Franchement, c'est la course la plus propre que j'ai faite cette saison. J'ai eu un seul contact ! Le Mans reste une piste large, ce qui aide. Si on compare au Castellet, où la saison démarre, tout le monde est excité après l'hiver, et ça touche un peu partout. Au Mans, on est à mi-saison, plus posés. J'ai juste légèrement frotté un carénage au départ, mais rien de cassé. On a été irréprochables : quatre courses, quatre podiums. Pour moi, c'est le meilleur week-end de l'année, et au bon endroit. En plus, j'adore ce circuit, c'est l'un de mes préférés avec Nogaro. J'y suis à l'aise, et cette année encore, on a été performants.
Vous avez débuté très jeune dans le sport automobile. Quel a été le moment charnière qui vous a donné envie de vous lancer dans les courses de camions ?
J'ai commencé jeune, un peu par hasard. Rien n'était prévu : je n'ai jamais fait de karting. À la base, je faisais du motocross, et je m'en sortais bien. Puis un jour, j'ai eu l'opportunité d'essayer à Albi, ça s'est bien passé, et ensuite à Nogaro, où j'ai gagné dès ma première course. Tout est parti de là. J'ai toujours aimé la compétition, que ce soit en moto, en voiture ou en camion. J'ai débuté à 16 ans et je n'ai jamais arrêté, parce que ça a toujours plutôt bien fonctionné. Le vrai tournant, c'est quand j'ai signé pro chez Buggyra Racing, en 2019. Cette année-là, j'ai remporté le titre de champion de France junior, mon premier vrai accomplissement.
Chez Buggyra, j'ai beaucoup appris. Ils m'ont permis de toucher à d'autres disciplines : Clio Cup, Nas-car, karting… Ces expériences m'ont fait progresser. Ma première saison avec eux en championnat de France a aussi été une grosse école : de vraies batailles, beaucoup d'apprentissage. Aujourd'hui, avec huit ans de recul, je pense que l'expérience fait clairement la différence.
Votre père, Fabien Calvet, fondateur du média TruckStop, est le dirigeant de la Buggyra Academy France. Quelle place tient-il dans votre parcours et dans votre réussite actuelle ?
Mon père ne m'a jamais vraiment aidé sur le plan technique. Il faut dire que la dernière fois qu'il a roulé, c'était il y a vingt ans, et les camions ont beaucoup changé. Mais il m'a énormément apporté sur le plan mental. Il m'a appris à garder les pieds sur terre et à toujours travailler. J'ai d'ailleurs toujours eu un emploi à côté du pilotage. C'est surtout dans la gestion du stress et du team qu'il m'a guidé. Gérer une équipe à 24 ans, ce n'est pas évident, mais on s'en sort bien. La preuve : les résultats sont là. Il prétend qu'il ne m'aide pas tant que ça, mais il a clairement joué un rôle essentiel.
Vous êtes soutenu par le groupe Bolloré Energy, qui vous fournit son HVO Izipure pour vos courses. Montrer que la course de camions s'inscrit dans une démarche de décarbonation, c'était important pour vous ?
Oui, c'est un message fort. Le championnat a choisi de rouler au HVO parce qu'il n'y a aucune différence de performance avec le diesel classique, voire même un petit avantage, car le carburant est un peu plus riche. L'idée, c'est de montrer que le camion peut être propre. Quand on regarde les 30 camions sur la grille au Mans, on ne voit presque plus de fumée. C'est important pour l'image de la discipline. On est dans une période de transition énergétique, et on veut montrer qu'on fait partie de ce mouvement. Chez Buggyra, tous nos véhicules – pas seulement les camions de course – roulent au HVO.
Avec Bolloré Energy, on partage cette vision. Leur carburant fonctionne parfaitement, l'équipe est réactive, et on va continuer à développer ce partenariat autour d'évènements communs. C'est aussi un travail de pédagogie : quand on dit au public qu'on roule “au bio”, les gens sont surpris. On leur explique que c'est la même performance, la même consommation, aucune contrainte supplémentaire. Il faut casser les idées reçues sur les biocarburants, et c'est ce qu'on s'efforce de faire.
Avez-vous un rituel porte-bonheur avant de monter dans le camion ?
Oui… et non. Depuis toujours, le chiffre 3 me suit. Je ne sais pas pourquoi, mais je dois souvent répéter les choses trois fois. Avant une course, je tape trois fois dans mes mains pour me motiver. Si je m'essuie les pieds avant de monter dans le camion, je le fais trois fois. C'est devenu un réflexe. Un petit rituel bizarre, mais qui me rassure !
Je crois que vous avez aussi gagné trois fois au Mans…(Rires)
Oui, c'est vrai ! Mais il ne faudrait pas que ça s'arrête là, quand même !
Restons dans la routine : y a-t-il un objet que vous emportez toujours avec vous ?
Oui, j'ai plusieurs bracelets que je porte toujours en course. L'un d'eux m'a été offert par ma mère, donc c'est un petit repère pour moi. Et puis, j'ai un “porte-bonheur” un peu particulier : une sucette d'enfant accrochée à l'arceau de mon camion. C'est un mécanicien qui l'a mise là, au Nürburgring en 2022, pour plaisanter, ils disaient que j'étais “le bébé du team”. Elle est restée depuis, et je ne l'ai jamais enlevée. C'est devenu un symbole entre nous.
Si vous n'aviez pas été pilote et chauffeur, quel autre métier auriez-vous aimé exercer ?
Si je savais chanter, j'aurais adoré être chanteur ! C'est un métier où tu es au contact du public, où tu transmets du plaisir et de l'émotion. Finalement, c'est un peu ce qu'on fait aussi sur les circuits : on partage une passion, on fait vibrer les gens. Ce lien avec le public, c'est quelque chose que j'aime vraiment. Quand on reçoit des messages de soutien, ça donne envie de se dépasser. Et quand des jeunes viennent me voir en disant qu'ils aimeraient faire pareil, ça me touche. Si je peux leur donner envie à mon tour, c'est gagné.
Si votre vie était un film, quel acteur jouerait votre rôle ?
Honnêtement, je ne suis pas très calé en cinéma… Mais je peux vous parler d'un vrai projet : le 5 décembre prochain, on diffusera au Gaumont de Toulouse un documentaire sur ma saison 2024, un peu dans l'esprit “Les Yeux dans les Bleus”. Le réalisateur nous a suivis toute l'année. C'est un film très authentique, plein d'émotions, qui montre les coulisses du championnat. On discute actuellement avec des chaînes TV pour une diffusion, ce serait une belle vitrine pour notre discipline !
Quelle destination rêveriez-vous de découvrir au volant d'un camion ?
Aujourd'hui, j'ai une vision très européenne du transport. Mais j'aimerais découvrir comment ça se passe ailleurs : aux États-Unis, au Canada ou en Australie, où tout est démesuré. Là-bas, les chargements sont énormes, les routes immenses. Ce serait une expérience incroyable de piloter dans ces conditions. Je sais que je le ferai un jour.
