Transport : la nécessaire adaptation à un nouvel environnement

Le transporteur Girteka, qui détient plus de 6 000 camions Euro 6 et 7 000 remorques, a récemment partagé son point de vue sur le marché européen du transport de fret.
Ce dernier, par la voix de son directeur pricing, Tomas Šilinikas, fait état d'un net refroidissement observé dès la fin de l'automne 2025, qui semble se poursuivre, engendrant une volatilité des prix persistante. Girteka rappelle également que les capacités de transport en Europe restent contraintes de manière structurelle.
Une demande qui reste modérée
Ainsi, la réduction des capacités de transport proviendrait d'un héritage de l'ajustement post-pandémie, accentué par un ralentissement de la demande en 2023 et 2024, qui ont entrainé la disparition d'un grand nombre de transporteurs de petite et moyenne taille. Les autres sont restés frileux quant à l'idée d'augmenter leurs flottes.
Aujourd'hui, la demande modérée coexiste avec un marché qui ne dispose plus du surplus de camions nécessaire pour absorber de soudaines variations de volumes.
"Il ne s’agit pas d’un problème cyclique qui se résoudra rapidement de lui-même, explique Tomas Šilinikas, directeur pricing chez Girteka. Même lorsque la demande ralentit, le marché ne dispose plus d’un nombre suffisant de camions disponibles pour absorber les fluctuations. C’est pourquoi les taux spot ne s’effondrent plus comme auparavant, malgré la fragilité de la demande intérieure au sein de l’UE."
Une pénurie de main-d'œuvre notable
Outre la problématique de capacité réduite, la pénurie de chauffeurs en Europe ne cesse d'augmenter. En 2024, il manquait 426 000 conducteurs, selon Girteka. Ainsi, même si des poids lourds supplémentaires étaient disponibles, il n'y aurait pas suffisamment de conducteurs pour les mettre à la route.
Des règlementations coûteuses
Selon le transporteur européen, la volatilité des prix semble s'installer de manière durable sur le marché, en raison des coûts de l'énergie qui augmentent et des tensions géopolitiques.
En outre, une "inflation réglementaire" est mise en avant par de nombreux opérateurs et ce, dans plusieurs pays, comme la hausse des péages basée sur les émissions de CO₂ en Allemagne, le remplacement de l’Eurovignette par un système de tarification au kilomètre aux Pays-Bas d'ici mi-2026.
"Les péages et redevances routières ne sont plus un poste de coût marginal. Sur les principaux marchés européens, les systèmes fondés sur le CO₂ et la distance parcourue portent les péages à environ 14 % ou plus des coûts totaux de transport en moyenne – selon les pays – et jusqu’à environ 23 % sur certains trajets unitaires, avec de nouvelles hausses attendues à mesure que les systèmes de tarification à la distance se généralisent", précise Girteka.
"Pris ensemble, ces facteurs signifient que la volatilité n’est plus uniquement dictée par les cycles de la demande, mais par une interaction complexe de variables économiques, réglementaires et environnementales", ajoute Tomas Šilinikas.
Comment s'adapter ?
Pour Girteka, les acteurs de la logistique et du transport doivent s'adapter à ce nouvel environnement et faire preuve de résilience.
L'une des solutions serait la mise en place de contrats stratégiques de long terme comme l'explique Tomas Šilinikas : "Les contrats long terme ne portent plus uniquement sur le prix. Ils garantissent l’accès à la capacité. Dans un marché structurellement tendu, être un partenaire privilégié détermine si vos marchandises circulent sans heurts ou subissent des perturbations."
La digitalisation du secteur reste également un atout clé pour les transporteurs, afin d'optimiser les flux.
Perspectives 2026
La reprise de la croissance sur le secteur devrait être modérée mais la complexité continuera d'être au rendez-vous : "La réussite dans l’année à venir dépendra de la capacité à intégrer simultanément trois dimensions : les signaux macroéconomiques, la transformation réglementaire et les perturbations environnementales. Les réseaux logistiques conçus uniquement autour de l’optimisation des coûts sont de plus en plus vulnérables", conclut Girteka.
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