Lavage : le marché cherche un second souffle

Soumis à la boue en hiver, à la poussière en été, le camion de ligne reste la vitrine d'une entreprise sur les routes d'Europe. Or, maintenir cette vitrine en parfait état n'a rien d'accessoire. Au 1er janvier 2025, selon le Service des données et études statistiques (SDES) du ministère des Transports, le parc de poids lourds s'établissait à 621 500 véhicules, dont 4 sur 10 (36,8 %) ont moins de 5 ans. Avec une moyenne annuelle de 76 800 km, les tracteurs routiers roulent 3 fois plus que les porteurs (25 700 km), confirmant leur rôle central dans le transport longue distance. Reste que, qu'il s'agisse de trajets longs ou courts, l'entretien demeure primordial, tant sur le plan mécanique que sur celui de la communication.
Pour une entreprise de transport, faire rouler des camions propres est un levier d'image et de professionnalisme, sur les routes comme dans les entrepôts. Mais cette exigence reste soumise à de multiples facteurs conjoncturels. En tête de liste : l'instabilité politique, les changements successifs de gouvernement et, surtout, l'inflation qui fragilise les marges. Avec 645 défaillances d'entreprises recensées au 2e trimestre 2025 (source Altares), le TRM signe son pire bilan depuis 2020. Sur 12 mois, plus de 1 700 défaillances ont été enregistrées.
"Le contexte actuel, avec son incidence sur les prêts bancaires et les frais divers, fait que la plupart des transporteurs ont mis un frein aux investissements liés à la bonne marche de l'entreprise, confirme Thierry Stimolo, responsable du secteur poids lourd chez Otto Christ AG. Nous ressentons ce phénomène de manière très nette." Thomas Cogan, directeur d'Istobal France, fait le même constat : "Du fait du contexte économique tendu auquel se heurte le monde du transport, le marché du lavage PL a tendance à se contracter. Contrairement au VL, il ne repose pas sur le volume ou la fréquence de lavage, mais sur le besoin. Tant que le portique tient debout, il n'est pas remplacé." Résultat : certaines machines atteignent une durée de vie de 15 à 20 ans.
Des investissements au ralenti, un parc vieillissant
La durée de vie moyenne d'un portique poids lourd reste estimée à 12 ans, selon son utilisation et son entretien. Le parc français compte un peu moins de 4 000 machines. Otto Christ AG évalue le marché annuel global à 150-170 machines ; pour Istobal, il se situe plutôt entre 130 et 140 unités, contre 200 à 220 il y a encore quelques années. "À la baisse des volumes s'ajoute une forte concurrence, sur un marché où les marges sont restreintes, pointe Thomas Cogan chez Istobal. Il faut dire que le prix moyen du marché d'un portique se situe à un peu plus de 45 000 euros HT, sachant que la raison voudrait qu'il soit à 50 000 euros HT pour le seuil de rentabilité. Un vrai sujet !"

Comportant pas moins de 11 pistes au total, la station Désert Lavage d'Étrelles (35) est fréquentée par quelque 150 clients réguliers par jour. Pour le lavage extérieur, le portique HP reconditionné côtoie les deux portiques à brosses, installés à l'intérieur du bâtiment. ©Désert Lavage
Istobal entend toutefois maintenir sa position grâce à ses deux modèles phares, le Progress et le Compak, le premier étant équipé de la haute pression intégrale et permettant le "stop & go" sur une baie de lavage courte. Tandis qu'ID Wash affiche des volumes supérieurs, sans doute grâce à une politique tarifaire plus agressive, Istobal reste sur des niveaux comparables à ceux de WashTec (MaxiWash Vario), Kärcher (TB) ou Lavance (StarTruck) : entre 20 et 25 machines par an. "Ces machines sont commercialisées par la même équipe que celle du VL, mais avec un spécialiste PL intégré, précise Thomas Cogan. À notre connaissance, cette démarche est adoptée par la plupart de nos confrères."
Fabrice Collet, directeur commercial et marketing de WashTec France SAS, confirme la complexité opérationnelle du secteur : "Au-delà de la rentabilité commerciale, ce marché s'avère également compliqué au niveau des interventions sur site : les hauteurs de machines nécessitent souvent une nacelle, et donc la présence de deux techniciens."
Reste que, dans ce secteur, Christ demeure le leader incontesté avec un parc d'environ 400 machines et une progression des ventes de 25 % sur l'exercice en cours, synonyme d'un volume global d'environ 35 machines, dont une vingtaine en renouvellement. Pour ce qui est des 15 machines restantes, la majorité d'entre elles devrait être équipée de recyclage. "De manière indéniable, notre succès commercial est à mettre au crédit de notre Nova, un portique hyperfiable qui fait l'objet de louanges de la part de nos clients. En outre, la version Supernova en 5 brosses offre un gain de temps substantiel", complète Thierry Stimolo. En effet, ce portique, idéal pour les grandes flottes de camions ou pour les bus, est en mesure de laver une surface de 18 m de longueur en seulement 2,5 minutes.
Lavatrans et QRO maintiennent le cap

Positionné haut de gamme, le portique StarTuck Aquarama est programmable à souhait et s'adapte à tous types de véhicules. ©Aquarama
Du côté des deux plus grands réseaux, la température demeure clémente, en dépit du contexte général. Mieux, pour Lavatrans, l'heure est à l'extension. Ainsi, après l'ouverture de sa station de Vierzon (18) le 16 octobre 2024, Lavatrans a ouvert celle de Nîmes (30) un mois plus tard. "Avec un an d'activité, la station de Vierzon fonctionne très bien et les retours de nos clients sont très positifs, assure Matthieu Collin, président de Lavatrans. En fait, les deux stations fonctionnent sur le même schéma que les neuf autres : elles comportent une piste avec un portique et une arche de prélavage, le personnel Lavatrans réalisant la prestation à la haute pression et avec nos propres produits. Une deuxième piste en self-service est équipée de lances HP et fonctionne 24h/24."
À noter que Lavatrans collabore toujours avec Christ, Lavance et WashTec. Sur la période septembre 2024-septembre 2025, le réseau (60 collaborateurs) a enregistré une hausse de 8 % du nombre de lavages (plus de 75 000 prestations) et de 11 % de son chiffre d'affaires, désormais proche de 5,3 millions d'euros. "Des chiffres qui accréditent le fait que la délégation de la prestation affiche une progression, sachant aussi que nos nouvelles ouvertures ont été particulièrement bien accueillies par la profession", souligne Matthieu Collin.
Du côté de QRO, l'exercice en cours est marqué par les investissements : le réseau spécialisé a en effet renouvelé son matériel en optant pour quatre portiques Nova de Christ – ils s'ajoutent aux deux autres installés sur le site de Miramas (13). "Nous en avons installé un sur notre agence de Plan d'Orgon en remplacement d'un ancien Magnum, et trois sur l'agence de Lyon-Corbas en remplacement de tunnels WashTec, indique Eva Bernard Rolli, cheffe de groupe D&M Rolli SAS. La démarche nous permet de gagner en rapidité au niveau de la procédure de lavage avec l'absorption d'un flux plus important de camions, et en finition avec la projection de cire sur la fin de course du portique." Au-delà de ces éléments, la stabilité est de mise pour QRO en cette année 2025 avec quelque 70 000 lavages effectués dans ses 5 centres, à raison d'environ 600 litres d'eau par lavage (HP + portique).
Point commun des deux réseaux : ils ne déplorent aucune fermeture de site du fait de la sécheresse. Un bon point qui ne les empêche pas d'être toujours dans une phase de réflexion pour ce qui concerne le recyclage. "La faute à la difficulté à trouver des équipements économiquement viables et aux performances attendues, résume Matthieu Collin. À l'investissement déjà conséquent [100 000 euros au minimum, ndlr] viennent s'ajouter les coûts de fonctionnement qui peuvent être élevés. En outre, les intérieurs de frigos doivent être traités à l'eau potable." Un discours auquel adhère également QRO, en mettant en plus l'accent sur l'aspect réglementaire. "Nous ne sommes pas contre investir, mais il serait souhaitable que les pouvoirs publics établissent une norme visant à définir le niveau de recyclage minimal, estime Eva Bernard Rolli. En outre, aujourd'hui, même le fait de disposer d'un recyclage ne permet pas d'exercer notre activité au seuil de crise défini dans le Guide sécheresse." C'est d'ailleurs bien cette incohérence qui amène Mobilians et ses membres de la branche lavage à se mobiliser afin de faire bouger les choses.
Par Marc David
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Lavance prépare une remise en question stratégique
"Un marché à l'arrêt qui suscite bon nombre d'interrogations quant à la voie à suivre." Sur la même longueur d'onde que ses confrères, Stéphane Dufour, directeur commercial de Lavance qui distribue la marque Aquarama, évoque la situation actuelle, en se projetant quelque peu dans l'avenir. "Dans le but de nous adapter à la conjoncture actuelle, nous sommes en train de travailler sur une nouvelle stratégie que nous comptons mettre en place à court terme, soit dès 2026, mais que je ne peux dévoiler aujourd'hui, indique-t-il. Si notre priorité était de développer la gamme VL Aquarama sur le marché français, ce que nous avons clairement réussi, nous comptons néanmoins nous maintenir sur le marché PL."
Pour le moment, avec son StarTruck, Lavance est plutôt positionné très haut de gamme, avec un niveau de prix 10 % plus élevé que le prix moyen marché (47 000 euros HT). D'origine programmable à souhait avec une adaptation possible à tout type de véhicule, le StarTruck propose en effet une gestion spéciale pour différents types de rétroviseurs, spoilers, plateformes avec rebords, remorques, crochets d'attelage, hayons élévateurs postérieurs, etc. Sa version "stop & go" s'adapte sur des dalles de petite longueur et permet ainsi d'être installée sur une longueur minimum de 9 mètres. En outre, ce portique se distingue par sa robustesse.
Kärcher fait évoluer la haute pression
Selon Kärcher, présent sur le secteur avec son TB configurable à souhait, le marché du portique PL est en quelque sorte boosté par le recyclage. "À tel point qu'il nous arrive d'installer uniquement des portiques avec du recyclage, souligne Yves Pajot, responsable des activités de lavage chez Kärcher France. En moyenne, l'équipement en recyclage pèse 50 % de nos ventes de portiques, sachant aussi que le taux de recyclage de 85 % de notre concept biologique accentue l'amortissement du matériel. En outre, nous préconisons vivement la récupération des eaux de pluie auprès des transporteurs afin de limiter au maximum la consommation d'eau potable."
Au-delà du lavage automatique, Kärcher n'en délaisse pas moins le lavage haute pression, son métier de base, avec le développement de sa buse eco!Booster, présélectionnée dans le cadre des Grands Prix internationaux de l'Innovation automobile 2025 d'Equip Auto. Unique sur le marché, cette nouvelle buse utilisable sur le secteur du VL comme sur celui du PL augmente le rendement surfacique jusqu'à 50 % par rapport à un jet plat standard en réduisant considérablement le temps de travail. De quoi réduire les coûts de main-d'œuvre ainsi que la consommation d'eau dans une proportion de l'ordre de 33 %, selon le fabricant allemand. Disponible en sept versions avec différentes tailles de buses, l'eco!Booster est compatible avec les nettoyeurs haute pression à eau froide et chaude de Kärcher.
Sur le terrain avec Désert Lavage
Idéalement situé au croisement des axes Paris-Rennes et Normandie-Vendée, le tout nouveau centre de lavage d'Étrelles (35) se positionne comme l'un des deux centres du groupe Désert avec celui de Malesherbes, au sud-ouest de la région parisienne. Fondée en 1916 par Théodore Désert, arrière-grand-père de Sylvain Désert, l'actuel dirigeant, cette entreprise familiale est aujourd'hui spécialisée dans le transport en citerne de produits pulvérulents en vrac. Fort d'une flotte de 500 tracteurs, le groupe Désert emploie 655 collaborateurs dont 525 conducteurs, au sein de 8 sociétés parmi lesquelles figure en bonne place Désert Lavage. En effet, cette dernière enregistre un CA lavage annuel de 3,5 millions d'euros, dont 2,7 millions rien que sur le site d'Étrelles.
Ouverte à tous les transporteurs pour leurs besoins de lavage extérieur et intérieur de citerne, cette station fonctionne de 6h à 21h du lundi au vendredi, et de 6h à 13h le samedi, grâce à une équipe de 20 personnes spécialisées. Côté lavage extérieur, elle est dotée de six pistes, dont deux équipées de portiques à brosses (le Mistral d'Istobal, l'un en version classique et l'autre en version "stop & go"), et une autre d'un portique HP (Tec Concept) reconditionné.
"Nous privilégions la mixité dans la mesure où le prélavage est effectué manuellement à la haute pression afin de traiter les endroits moins accessibles, tels le châssis et les roues, tandis que la finition et le rinçage sont effectués avec le portique, le tout à l'eau froide, en une vingtaine de minutes et sans aucune attente", détaille Fabrice Morlier, directeur technique et achats du groupe Désert.
Caractéristique essentielle, la station dispose d'un système de récupération des eaux pluviales pour alimenter les différentes pistes, tandis que l'eau utilisée est recyclée à hauteur de 80 % environ via un puissant traitement (désinfection UV…). "Pour l'eau pluviale utilisée en priorité, nous disposons d'une réserve de 120 m3 issue de la récupération de la toiture de l'ensemble du bâtiment de 3 500 m2, précise Fabrice Morlier. Cette démarche nous permet d'économiser 5 000 m3 d'eau potable par an."
Bien sûr, en plus des pistes de lavage extérieur, la station Désert Lavage dispose de trois pistes de lavage intérieur pour citernes alimentaires liquides et pulvérulentes certifiées ISO 22 000 (la référence mondiale) avec une vingtaine d'agréments clients, et de deux pistes de lavage intérieur pour citernes industrielles, toutes alimentées par des réseaux d'eau indépendants. Elle est fréquentée par quelque 150 clients réguliers par jour, auxquels s'ajoutent ceux qui viennent plusieurs fois par an du fait des référencements dans différents réseaux tels que AS24, Travis et autres. Le tout dans le cadre d'un panier moyen d'une soixantaine d'euros pour le lavage extérieur.
