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Constructeurs

Perspectives pessimistes pour le marché du poids lourd

Publié le 10 janvier 2023

Par Mohamed AREDJAL
3 min de lecture
Après un exercice 2022 stable (+0,5 % à 44 341 unités), les immatriculations de poids lourds neufs risquent d'accuser un net recul en 2023. Selon l’Observatoire du Véhicule Industriel (OVI), les ventes pourraient baisser d'environ 7 %.
La hausse des prix amorcée en 2021 s’est amplifiée cette année avec une progression de 14,4 % pour les tracteurs et de 16,4 % pour les porteurs. ©Renault Trucks

2022 aurait pu être un exercice de rattrapage pour le marché du véhicule industriel en raison de carnets de commandes en hausse. Mais les difficultés traversées par l'industrie automobile ont perturbé les délais de livraison (après avoir atteint 359 jours en moyenne au cours de l'été, ils sont passés à 308 jours).

Malgré ce contexte compliqué, les immatriculations de véhicules plus de 5 tonnes se sont établies à 44 341 unités (à novembre 2022, sur 12 mois glissant), selon l'Observatoire du véhicule industriel (OVI). Soit une légère progression de 0,5 %. Nouveau directeur de l'OVI, Arnaud Villéger note toutefois que cet "équilibre en trompe l'œil" cache de fortes disparités entre les segments de véhicules.

Un marché de la carrosserie fortement impacté

En effet, si les porteurs sont en phase de reprise avec un bond de leurs ventes de 12,2 %, les porteurs accusent une forte régression de 12,1 %, à 18 816 immatriculations.

Ce segment recule encore par rapport à 2020 (20 869 unités) après une stagnation en 2021. Il faut remonter à 2015 pour avoir un résultat plus faible (16 774). Ces résultats sont en partie dus aux difficultés rencontrées par la filière carrosserie, mise à mal par les difficultés d'approvisionnement et l'inflation de ses intrants. Les immatriculations de porteurs de plus 5 tonnes carrossés sont d'ailleurs en net recul de 13,2 %, à 17 006 unités (plus mauvais score depuis 2015). "C'est la double peine pour les porteurs", résume Arnaud Villéger.

Du côté de la seconde main, la demande est restée soutenue tout au long de l'année, favorisant un marché qui a enregistré 54 023 immatriculations sur les onze premiers mois de l'exercice. Soit une légère hausse de 1 % par rapport à 2021. "Le niveau atteint cette année fait partie des meilleurs années, mais l’historique présente peu de variations : sur douze mois, 49 452 immatriculations pour le minimum en 2009 et 57 152 pour le maximum en 2011", nuance l'OVI.

Cette situation a favorisé une hausse des prix de vente VO, qui ont grimpé de 20,1 % en moyenne par rapport à 2021. Ils avaient déjà pris 18,4 % l’année précédente. A noter que les VO sont majoritairement vendus sur le territoire national (54,8 %) au détriment des transactions vers l'Europe (33,4 %).

La mauvaise passe de l'utilitaire

Autre tendance forte du marché : le VUL a connu une période agitée alors qu’il atteignait des sommets en 2018/2019 avec plus de 63 000 immatriculations. 2022 marque, en effet, une rupture inattendue avec un recul du secteur à 50 474 unités sur douze mois, soit une baisse de 19,3 %. Soit le niveau le plus bas atteint par ce segment depuis 1997… Aucune catégorie de véhicules n'est épargnée : bennes, plateaux ou encore frigos affichent tous des reculs à deux chiffres.

Sur ce marché, l'OVI note que les carnets de commandes sont restés, en moyenne, constants entre 2021 et 2022 avec, cependant, des variations selon les concessions. La plus grande partie (46 %) a observé une baisse du volume de 15,3 % alors qu’une autre part (31 %) a vu une hausse de leur carnet de 24 %. Les 23 % restant enregistrent un niveau de commande similaire à celui de 2021.

Vers un vieillissement du parc roulant ?

Malgré les incertitudes qui pèsent encore sur de nombreux pans de l'économie tricolore, l'OVI s'est livré au périlleux exercice de la prévision des ventes et table sur une année de transition pour 2023. "Les impacts cumulés de la hausse des prix et des délais de livraison / construction seront autant d’écueils à la reprise des immatriculations", indique l'Observatoire.

Ce dernier table donc sur deux scénarios : optimiste, le premier prévoit un niveau d'immatriculations à 44 000 unités (-0,8 %) tandis que le deuxième, plus pessimiste, envisage un recul plus net de 7,2 %, à 41 140 immatriculations. Même tendance pour la seconde main qui devrait décroître de 7,1 % pour les VI et de 6,3 % pour les VUL.

En revanche, les tarifs devraient, de leur côté, subir les conséquences de l'inflation avec une hausse attendue de 11,5% pour les tracteurs neufs, de 12,1% pour les porteurs neufs et de 11,8 % pour les VUL neufs. Pour les VO, les hausses devraient être plus limitées : +3,8 % pour les VI et +5,3% pour les utilitaires légers.

Si ces prévisions se confirme, l'OVI anticipe vieillissement du parc alors que pouvoirs publics, constructeurs, agglomérations et exploitants s’engagent pour des flottes plus propres, et donc plus récentes. "C'est une tendance qui irait donc à l'encontre des volontés communes", conclut Arnaud Villéger.

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